psy-op

Comprendre la psychothérapie et l'accompagnement à Paris

Une chronique de Alban Pelloutier

Actualité

Arts-thérapies à l'hôpital : enjeux cliniques et éthiques au cœur du soin

D'après les informations relayées par la Ville de Paris, le GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences et le Syndicat Français des Arts-Thérapeutes (SFAT) organisent à l'hôpital Sainte-Anne un colloque…

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 19 septembre 2026

Arts-thérapies à l'hôpital : enjeux cliniques et éthiques au cœur du soin

D'après les informations relayées par la Ville de Paris, le GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences et le Syndicat Français des Arts-Thérapeutes (SFAT) organisent à l'hôpital Sainte-Anne un colloque intitulé « Pour notre santé mentale: les arts-thérapies à l'hôpital, quelles pratiques et perspectives? », dans le cadre de la 14ᵉ édition des Semaines d'Information sur la Santé Mentale (SISM 2026). À l'heure où les listes d'attente s'allongent et où la demande de soins psychiatriques augmente, l'hôpital public reste l'un des derniers espaces où l'accès au soin ne dépend pas du portefeuille. Le thème de cette édition — « Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts » — mérite donc d'être lu sans naïveté.

Pourquoi ce n'est pas un événement de plus

L'argument central du programme mérite qu'on s'y arrête: les arts-thérapies y sont décrites comme une « médiation spécifique » qui « ne se substitue pas aux autres approches thérapeutiques ». C'est précisément cette formulation qu'il faut entendre deux fois. Nous observons depuis des années une inflation d'offres « créatives » présentées comme soin, parfois sans cadre, parfois sans évaluation, parfois sans clinicien référent. Le fait qu'un service hospitalo-universitaire pose frontalement la question — quelle place, quels enjeux éthiques, quelle articulation avec les parcours existants — replace l'art-thérapie là où elle doit être: un acte de soin inscrit dans une équipe pluriprofessionnelle, et non un atelier de bien-être amélioré.

Ce qu'il faut en tirer avant de consulter

Si vous envisagez une démarche d'art-thérapie, à l'hôpital ou en ville, trois questions séparent un dispositif clinique d'un espace de loisir qui s'ignore. D'abord, qui pose l'indication et qui l'articule avec votre parcours de soin? À l'hôpital, l'art-thérapeute intervient dans un projet partagé avec médecins, psychologues et infirmiers. En cabinet de ville, rien de tel n'existe par défaut: c'est à vous de vérifier. Ensuite, quelle formation et quelle reconnaissance professionnelle? Le SFAT, partenaire du colloque, est présenté dans le programme comme un syndicat professionnel indépendant — un point de repère institutionnel utile, mais qui ne dit rien à lui seul de la formation d'un praticien isolé. Demandez systématiquement le diplôme, l'école, la durée de formation et l'existence d'un cadre de supervision. Enfin, quel dispositif concret: fréquence, durée, objectifs, critères de fin de suivi? Si personne ne peut répondre à ces questions, vous n'êtes pas dans un cadre thérapeutique, quelle que soit par ailleurs la qualité de l'échange humain que vous y trouverez.

Ce que nous allons regarder

Le programme lui-même évoque l'augmentation des besoins et l'allongement des listes d'attente — des contraintes que vous connaissez de l'intérieur quand il faut appeler plusieurs CMP avant d'obtenir un rendez-vous. La question de l'accès réel aux arts-thérapies à l'hôpital, au-delà du colloque, reste posée. En attendant, retenez une chose: une pratique qui refuse de dire ce qu'elle fait, pour qui, et dans quel cadre, n'est pas un soin. C'est peut-être autre chose de tout à fait estimable, mais ce n'est pas un soin.