Psychiatrie : pourquoi la compréhension de la maladie est la clé de la gestion des troubles
D'après un entretien publié dans Finances News Hebdo, la psychiatre, anthropologue et écrivaine Ghita El Khayat revient sur les mutations du soin psychique au Maroc — et, par effet de miroir, sur ce…
Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 12 septembre 2026

D'après un entretien publié dans Finances News Hebdo, la psychiatre, anthropologue et écrivaine Ghita El Khayat revient sur les mutations du soin psychique au Maroc — et, par effet de miroir, sur ce que l'on continue à mal nommer « guérison » des deux côtés de la Méditerranée.
Le mirage de la parenthèse
Le propos frappe par sa lucidité: les zaouïas, les marabouts, la rokia offrent avant tout un répit. Une femme dite « hystérique » retrouve une paix de surface dans un lieu de culte qu'elle ne retrouverait pas à l'hôpital psychiatrique. Ce n'est pas thérapeutique, insiste la praticienne — c'est une parenthèse, « une sorte de week-end bioénergétique ». Nous, cliniciens, voyons passer ces patients: ceux qui sortent d'un week-end de jeûne ou d'un rassemblement de prière persuadés d'avoir réglé quelque chose, et qui reviennent trois mois plus tard avec la même structure symptomatique. Le piège n'est pas la croyance. C'est la confusion entre apaisement temporaire et remaniement psychique — confusion que l'on retrouve, à Paris comme à Casablanca, dans toutes les offres de soin qui refusent la durée.
Comprendre sa maladie: ce que cela change réellement
Le titre de l'entretien — « Quand certains patients comprennent leur maladie, ils réussissent à la gérer » — met en exergue un point clinique central que les discours contemporains préfèrent contourner. Ce n'est pas l'insight qui soigne seul, mais sa fonction dans l'alliance thérapeutique. Un patient qui met du sens sur ses mécanismes, qui distingue une crise d'angoisse d'un effondrement dépressif, qui repère ses défenses, coopère autrement. Il devient acteur de la cure plutôt que consommateur de protocoles. À l'inverse, le rituel qui se contente de saturer le symptôme sans élaboration produit un retour de manège. El Khayat le formule en creux: les patients qui se rendent chez les fqih voient leurs manifestations s'effacer momentanément, puis revenir. C'est la signature clinique d'un acting déguisé en cérémonie. Et c'est exactement ce que nous observons en cabinet quand un patient alterne trois séances de pratiques alternatives, un week-end de stage et une psychothérapie interrompue au premier mouvement de résistance.
Et l'hypnose dans tout ça?
Second signal, plus ténu: SNRT News publie un papier sur l'hypnose médicale qui s'invite en chirurgie, dans la douleur et en psychiatrie. Le contenu intégral n'est pas accessible, mais le mouvement de fond est réel et dépasse largement le Maghreb. L'hypnose ericksonienne, l'autohypnose, les techniques de dissociation contrôlée réintègrent progressivement les protocoles hospitaliers, y compris dans les services de psychiatrie aiguë. La prudence s'impose: l'hypnose n'est ni un outil « magique » ni un gadget de cabinet. Mal encadrée, elle peut court-circuiter le travail d'élaboration. Bien conduite, elle ouvre un accès direct aux processus inconscients que la parole seule ne suffit pas toujours à atteindre. Nous y reviendrons lorsque les données cliniques seront consolidées. Pour l'instant, retenons ceci: comprendre sa maladie n'est ni un acte intellectuel, ni une révélation mystique. C'est un travail d'élaboration, long, parfois ingrat, qui ne supporte pas les raccourcis.