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Comprendre la psychothérapie et l'accompagnement à Paris

Une chronique de Alban Pelloutier

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur

20 août 2026 · 16 min de lecture

Auto-EMDR en ligne : les dérives d'une mode sans thérapeute

L’auto-EMDR en ligne est présenté comme une solution simple: suivre une vidéo, utiliser une application, déplacer les yeux de gauche à droite ou tapoter alternativement les genoux.

Auto-EMDR en ligne : les dérives d'une mode sans thérapeute

Auto-EMDR en ligne: les dérives d’une mode sans thérapeute

Le traumatisme serait alors accessible depuis son téléphone, sans rendez-vous, sans parole et sans thérapeute. Cette promesse est séduisante. Elle est aussi cliniquement trompeuse.

L’EMDR n’est pas une stimulation bilatérale isolée. C’est un protocole psychothérapeutique structuré, fondé sur une évaluation, une préparation, une stabilisation et un retraitement progressif. Les mouvements oculaires n’ont de sens qu’à l’intérieur de ce cadre. En dehors de ce cadre, vous ne pratiquez pas une version simplifiée de l’EMDR. Vous exposez parfois un système psychique déjà débordé à une activation qu’il ne peut pas contenir.

Les risques de l’auto-EMDR en ligne ne tiennent donc pas seulement à la qualité d’une application ou d’une vidéo. Ils tiennent à une confusion de nature: prendre un outil de stimulation pour une thérapie complète.

L’illusion de la désensibilisation numérique

Sur les réseaux sociaux, la technique est souvent réduite à un geste. Un point lumineux traverse l’écran. Une bande sonore alterne entre l’oreille gauche et l’oreille droite. Une voix propose de penser à un souvenir pénible tout en suivant le mouvement. Le dispositif donne une impression de précision. Il ressemble à une procédure médicale. Il n’est pourtant pas capable d’évaluer votre état psychique, votre niveau de dissociation ou votre capacité à revenir au présent.

C’est là que se situe la première impasse.

L’EMDR officiel repose sur huit phases strictes. La stimulation bilatérale intervient dans un processus qui comprend notamment:

1. L’anamnèse et l’évaluation, afin de comprendre la demande, les événements concernés, les symptômes actuels et les ressources disponibles.

2. La préparation, qui permet d’expliquer le cadre, de repérer les réactions possibles et de construire des moyens d’auto-apaisement.

3. La stabilisation, indispensable lorsque les émotions sont instables, que le sommeil est très altéré ou que la personne présente des épisodes dissociatifs.

4. L’identification des cibles traumatiques, avec les images, les pensées négatives, les émotions et les sensations corporelles associées.

5. Le retraitement, réalisé à un rythme adapté à la tolérance du patient.

6. L’installation d’une cognition plus ajustée, lorsque le processus le permet.

7. Le balayage corporel, qui aide à repérer la persistance éventuelle d’une activation somatique.

8. La clôture et la réévaluation, qui ne sont pas de simples formalités mais des étapes de sécurité et de suivi.

Une vidéo ne réalise aucune de ces opérations. Une application ne sait pas, par elle-même, si vous êtes en train de traiter un souvenir isolé, une mémoire traumatique ancienne, une série d’événements imbriqués ou une organisation dissociative. Elle ne sait pas davantage si vous êtes suffisamment présent pour poursuivre.

La stimulation bilatérale n’est pas l’EMDR. Elle n’en est qu’un élément, et parfois l’élément le moins difficile à reproduire artificiellement.

La réduction de l’EMDR à une alternance visuelle ou tactile répond à une logique commerciale très contemporaine: rendre une pratique complexe immédiatement consommable. On promet une méthode accessible, autonome, presque mécanique. Mais le trauma ne se comporte pas comme un fichier que l’on pourrait ouvrir, traiter puis refermer à volonté.

Le risque de décompensation: quand le souvenir déborde le cadre

Vous pouvez croire que vous choisissez un souvenir. En réalité, le souvenir peut en entraîner d’autres. Une image en fait surgir une seconde. Une sensation corporelle devient plus intense. Une odeur, une voix ou une scène oubliée apparaissent sans que vous les ayez recherchées. Ce phénomène n’est pas nécessairement un signe de progrès. Il peut correspondre à une surcharge émotionnelle ou à l’activation d’un réseau traumatique plus vaste.

Dans une séance menée par un clinicien, cette évolution est observée. Nous ralentissons, nous interrompons, nous revenons à la stabilisation ou nous modifions la cible. Nous évaluons ce qui se passe entre deux stimulations. Nous ne nous intéressons pas seulement au souvenir raconté, mais à la manière dont le patient reste — ou ne reste plus — en contact avec lui-même.

En autonomie, vous pouvez perdre cette capacité de régulation. Le retraitement commence, mais la clôture ne se fait pas. La séance s’arrête parce que la vidéo est terminée, parce que l’application passe à l’écran suivant ou parce que vous ne supportez plus l’activation. Le système psychique, lui, n’a pas reçu l’information que le travail devait s’achever.

Les conséquences possibles sont variables: agitation, anxiété accrue, troubles du sommeil, ruminations, images intrusives ou sensation d’irréalité. Dans certains cas, les symptômes préexistants s’intensifient temporairement. Dans d’autres, une autre expérience traumatique émerge de façon spontanée.

Il serait excessif de parler systématiquement de retraumatisation au sens strict. Ce terme est souvent utilisé en ligne pour dramatiser toute réaction désagréable. Mais il serait tout aussi irresponsable de nier les risques. Une stimulation mal encadrée peut ouvrir un matériel émotionnel que vous ne savez pas contenir. Elle peut également donner l’impression que vous avez échoué parce que l’exercice vous a déstabilisé. Le problème n’est alors pas votre volonté. Le problème est l’absence d’alliance thérapeutique et de stratégie clinique.

Pourquoi le cadre compte davantage que la technologie

Le cadre thérapeutique ne sert pas à ralentir inutilement le traitement. Il sert à déterminer si le traitement est indiqué, à quel moment et dans quelles conditions.

Avant d’utiliser la stimulation bilatérale, un clinicien doit notamment apprécier:

  • la stabilité émotionnelle actuelle;
  • l’existence d’une crise suicidaire active;
  • la présence éventuelle de symptômes psychotiques;
  • le degré de dissociation psychique;
  • la capacité à se représenter le présent et à interrompre volontairement un exercice;
  • la qualité du sommeil et le niveau d’épuisement;
  • les ressources relationnelles et concrètes disponibles après la séance;
  • la possibilité de reprendre contact avec le thérapeute en cas de réaction inhabituelle.

Aucune de ces dimensions ne peut être correctement évaluée par une application gratuite ou une vidéo automatisée. Le dispositif peut vous demander si vous allez bien. Il ne peut pas établir une évaluation clinique à partir de cette réponse.

L’auto-EMDR en ligne devient particulièrement préoccupant lorsque la personne cherche à traiter un traumatisme complexe, des violences répétées, un attachement profondément insécurisé ou une histoire marquée par des périodes d’absence à soi. Dans ces situations, le problème n’est pas seulement la présence d’un souvenir douloureux. C’est l’organisation globale de la mémoire, des défenses et des relations.

Auto-apaisement et retraitement: une frontière que les tutoriels effacent

Il existe des exercices que vous pouvez pratiquer seul pour diminuer une activation émotionnelle passagère. Le tapotement alterné, le « câlin du papillon » ou une stimulation bilatérale douce peuvent aider certaines personnes à se recentrer. Mais leur fonction doit rester limitée: favoriser un apaisement immédiat, retrouver des sensations corporelles simples, revenir à l’environnement présent.

Ce n’est pas un retraitement traumatique.

La distinction est fondamentale. Pour vous apaiser, vous pouvez porter votre attention sur les pieds au sol, nommer les éléments visibles autour de vous, respirer plus lentement ou utiliser un tapotement alterné léger. Vous ne cherchez pas à replonger dans une scène, à augmenter l’intensité émotionnelle ou à faire disparaître une mémoire traumatique.

Pour retraiter un événement, au contraire, vous mobilisez intentionnellement un matériel chargé: image, croyance négative, émotion, sensation corporelle. Cette activation doit être dosée. Elle doit pouvoir être interrompue. Elle doit être réévaluée. Elle doit s’inscrire dans une séquence clinique cohérente.

La confusion entre ces deux usages est l’un des principaux dangers de l’auto-EMDR. Un exercice d’auto-apaisement est vendu comme une porte d’entrée vers le traitement. Le patient, lui, comprend qu’il doit penser à son traumatisme pendant les tapotements. Le geste reste identique, mais la tâche psychique change complètement.

Se calmer avec une stimulation alternée n’est pas retraiter un traumatisme. Croire le contraire revient à confondre un pansement et une intervention.

Ce que vous pouvez faire seul, et ce que vous ne devriez pas entreprendre seul

Une pratique autonome peut avoir une fonction de régulation ponctuelle si elle reste simple et orientée vers le présent. Elle ne devrait pas devenir une tentative de traitement improvisé. La limite peut être formulée clairement:

UsageCe qui peut être envisagé seulCe qui nécessite un cadre thérapeutique
ObjectifDiminuer une tension passagère, retrouver un sentiment de présenceTraiter un souvenir traumatique ou une série d’événements
AttentionOrientée vers le corps et l’environnement actuelOrientée vers une image, une croyance ou une scène chargée
IntensitéFaible, interrompue dès que l’inconfort augmenteAjustée progressivement selon la tolérance du patient
ÉvaluationRessenti immédiat et retour au calmeAnalyse de l’histoire, des symptômes et des mécanismes de défense
Fin de l’exerciceRetour clair au présentClôture, vérification de la stabilité et réévaluation ultérieure
Risque principalInefficacité ou apaisement insuffisantDécompensation, surcharge émotionnelle, activation dissociative

Si l’exercice vous rend plus agité, vous désoriente, augmente les intrusions ou perturbe fortement votre sommeil, il ne faut pas insister pour obtenir un résultat. La répétition n’est pas une preuve de courage. Elle peut simplement renforcer l’activation.

L’expertise clinique face à l’algorithme

Le succès de l’auto-EMDR repose aussi sur une illusion d’équivalence. Une application peut reproduire certains paramètres techniques d’une stimulation bilatérale. Elle ne reproduit pas l’expertise du praticien.

Un thérapeute formé à l’EMDR ne se contente pas de déplacer un stimulus devant vos yeux. Il observe vos changements d’état, vos ruptures de contact, vos silences, vos accélérations, vos contradictions et vos réactions corporelles. Il repère les mécanismes de défense. Il différencie une émotion qui circule d’une montée de panique. Il identifie parfois un clivage, une dissociation ou une évitement qui rendent le protocole inadapté à cet instant.

Cette observation est relationnelle. Elle dépend de l’alliance thérapeutique. Le patient doit pouvoir signaler qu’il ne comprend plus, qu’il ne voit plus la scène, qu’il se sent absent, qu’il veut arrêter ou qu’une autre image s’impose. Le thérapeute doit pouvoir entendre ces indications sans pousser mécaniquement vers la poursuite.

Un algorithme peut proposer un rythme. Il ne peut pas établir une alliance thérapeutique. Il ne peut pas prendre la responsabilité clinique d’une décision. Il ne peut pas porter avec vous ce qui surgit au cours du travail.

En France et en Europe, le titre de praticien EMDR Europe est réservé à des psychologues, psychiatres et psychothérapeutes enregistrés auprès de l’ARS ayant suivi une formation accréditée comprenant au moins deux niveaux et une supervision professionnelle. L’accréditation implique également un minimum de vingt heures de supervision et une réévaluation périodique, notamment tous les cinq ans pour les praticiens accrédités par les instances concernées.

Ces exigences ne sont pas un décor administratif. Elles rappellent que l’EMDR est une pratique clinique, pas un protocole de bien-être à reproduire à partir d’une vidéo. La formation ne garantit pas l’absence d’erreur. Elle indique au moins que le praticien est supposé connaître les indications, les limites et les risques de la méthode.

Que penser d’une application EMDR gratuite?

Une application gratuite peut servir de support de relaxation ou de stimulation sonore. Elle ne doit pas être présentée comme l’équivalent d’une thérapie EMDR certifiée. La question pertinente n’est pas seulement: « Est-elle bien conçue? » Il faut demander: « Que prétend-elle traiter, et sur quelles compétences repose cette promesse? »

Les signaux d’alerte sont assez nets:

  • l’application vous invite à sélectionner un traumatisme puis à le retraiter immédiatement;
  • elle promet une disparition rapide des symptômes;
  • elle ne comporte aucune évaluation préalable sérieuse;
  • elle ne prévoit pas de protocole de stabilisation;
  • elle ne vous indique pas quoi faire si l’angoisse, les images intrusives ou la dissociation augmentent;
  • elle utilise le vocabulaire de l’EMDR pour vendre une suite de stimulations bilatérales;
  • elle laisse entendre que l’accompagnement humain est facultatif dans les situations complexes.

Il ne s’agit pas de condamner toute technologie. Des outils numériques peuvent soutenir la psychoéducation, aider à suivre certains symptômes ou accompagner des exercices de régulation. Mais ils ne doivent pas masquer une absence de soin derrière une interface rassurante.

Effet rebond et troubles dissociatifs: les situations où l’autonomie devient dangereuse

Certaines personnes savent qu’elles vont mal, mais ne mesurent pas la nature de leur vulnérabilité. Elles décrivent des trous de mémoire, une sensation d’être spectateur d’elles-mêmes, des changements brusques d’état, une impression d’irréalité ou des moments où le monde semble lointain. Elles peuvent chercher une méthode rapide parce que parler du traumatisme paraît trop difficile.

Or ces signes peuvent évoquer une dissociation. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de poser un diagnostic. Mais ils doivent conduire à la prudence.

Dans un trouble dissociatif sévère, la stimulation d’un matériel traumatique peut provoquer une perte de continuité dans l’expérience. Vous ne vous sentez plus simplement ému. Vous pouvez vous sentir absent, confus, coupé de votre corps ou incapable de savoir précisément ce qui s’est passé pendant l’exercice. Une vidéo continuera pourtant de fonctionner. Elle ne saura pas que votre état a changé.

La prudence est également indispensable en présence de symptômes psychotiques ou d’une crise suicidaire active. Dans ces contextes, l’auto-EMDR n’est pas une réponse à essayer en attendant que la situation se règle. La priorité est une évaluation clinique et un accompagnement adapté. Une aggravation symptomatique peut survenir lorsque le matériel traumatique est activé sans préparation suffisante.

Nous devons être clairs sur ce point: le fait qu’une technique soit non médicamenteuse, accessible et populaire ne la rend pas automatiquement inoffensive. La psychologie en ligne transforme souvent la prudence clinique en message anxiogène et la promesse simplifiée en conseil pratique. Cette inversion est préoccupante.

Le mythe de l’effet cathartique

Beaucoup de contenus supposent qu’il faudrait laisser sortir l’émotion pour aller mieux. Cette idée est séduisante, mais elle ne suffit pas à guider un traitement. Une activation intense n’est pas forcément thérapeutique. Pleurer beaucoup, trembler, revoir une scène ou ressentir une panique massive ne prouve pas que le cerveau est en train d’intégrer correctement la mémoire.

La catharsis n’est pas un critère de réussite. Le débordement ne constitue pas une preuve de profondeur. Dans certains cas, il renforce les conduites d’évitement: après une expérience trop intense, la personne ne veut plus jamais se confronter à ce souvenir ni consulter. Elle conclut que l’EMDR est dangereux, alors que c’est l’absence de cadre qui l’a exposée.

Le thérapeute ne cherche pas à provoquer une crise. Il cherche à permettre un travail suffisamment mobilisant pour être utile et suffisamment contenu pour rester tolérable. Cette équation n’a rien de spectaculaire. Elle demande du discernement.

Comment reconnaître une démarche EMDR sérieuse

Vous n’avez pas besoin d’être spécialiste pour poser quelques questions précises avant de commencer. Un praticien sérieux doit pouvoir expliquer sa formation, son statut professionnel, le cadre des séances et la manière dont il évalue votre situation. Il doit également pouvoir dire dans quels cas il suspend ou réoriente le travail.

Une première consultation ne devrait pas être une séance de retraitement forcée. Elle sert à comprendre votre demande et votre histoire, à vérifier si l’EMDR est pertinent et à déterminer ce qui doit être préparé avant toute stimulation. Le thérapeute doit prendre en compte les symptômes actuels, pas seulement l’événement que vous identifiez comme la cause de votre souffrance.

Vous pouvez demander:

  • quelle est la formation exacte du praticien en EMDR;
  • s’il est psychologue, psychiatre ou psychothérapeute enregistré auprès de l’ARS;
  • s’il bénéficie d’une supervision professionnelle;
  • comment sont évaluées la dissociation, la stabilité émotionnelle et les risques actuels;
  • quelles étapes précèdent le retraitement;
  • ce qui est prévu si vos symptômes s’intensifient entre deux séances;
  • comment la séance est clôturée;
  • comment le traitement est réévalué dans le temps.

Une réponse précise ne signifie pas que le thérapeute vous garantit un résultat. Au contraire. Un clinicien compétent présente les possibilités et les limites de la méthode. Il ne promet pas de supprimer un traumatisme en quelques séances. Il ne transforme pas la souffrance en défaut de motivation. Il ne vous demande pas de vous exposer davantage au souvenir pour prouver votre engagement.

La meilleure indication de sérieux reste souvent la capacité à ne pas commencer immédiatement. Si le praticien prend le temps d’évaluer, de préparer et de stabiliser, cela peut sembler moins spectaculaire qu’une vidéo qui vous propose un exercice en trois minutes. C’est pourtant beaucoup plus proche du soin.

L’auto-EMDR en ligne n’est pas une thérapie à distance

Il faut enfin distinguer deux situations souvent mélangées. La première est une psychothérapie EMDR réalisée en visioconsultation avec un praticien formé. La seconde est une pratique solitaire devant une application ou une vidéo. Dans le premier cas, le cadre thérapeutique existe: évaluation, relation, adaptation du protocole, observation clinique et responsabilité du professionnel. Dans le second, vous êtes seul face aux effets de la stimulation.

La distance ne supprime pas nécessairement la possibilité d’un accompagnement clinique. L’absence de thérapeute, en revanche, retire l’élément central de la démarche.

Faire de l’EMDR chez soi peut donc vouloir dire deux choses très différentes. Vous pouvez poursuivre, entre les séances, des exercices d’auto-apaisement définis avec votre thérapeute. Vous pouvez aussi tenter de traiter seul une mémoire traumatique en suivant une séquence trouvée en ligne. Ces deux pratiques ne relèvent pas du même niveau de sécurité et ne poursuivent pas le même objectif.

Le problème n’est pas que vous cherchiez à agir sur vos symptômes. C’est compréhensible. Le problème survient lorsque l’action prend la place de l’évaluation. Vous activez alors une mémoire parce qu’une application vous l’a proposé, non parce qu’un clinicien a déterminé que vous étiez prêt à le faire.

L’auto-EMDR en ligne peut donner une impression de contrôle. Mais ce contrôle reste fragile dès que surgissent une dissociation, une panique, une image inattendue ou un souvenir plus ancien. La technologie vous permet de commencer. Elle ne garantit pas que vous pourrez terminer.

L’EMDR est une méthode exigeante parce que le psychotraumatisme est une réalité clinique complexe. Les mouvements oculaires ne sont ni une formule magique ni un raccourci vers l’oubli. Ils prennent place dans une relation, un protocole et une temporalité. En dehors de ces conditions, ils peuvent n’avoir aucun effet, ou produire un effet indésirable.

Nous ne devons pas opposer l’autonomie du patient au travail thérapeutique. Un patient peut apprendre à repérer son activation, utiliser des ressources d’auto-apaisement et comprendre ses mécanismes de défense. Mais l’autonomie ne consiste pas à se traiter seul de tout. Elle consiste aussi à savoir quand une situation dépasse ce que l’on peut contenir.

Si vous cherchez les risques de l’auto-EMDR en ligne, la réponse tient en une phrase: la stimulation bilatérale peut soutenir un processus thérapeutique, mais elle ne remplace ni le diagnostic clinique, ni la préparation, ni l’alliance thérapeutique, ni la capacité à fermer le travail engagé. C’est précisément ce que les tutoriels et les applications oublient le plus souvent.

Questions fréquentes

L’auto-EMDR en ligne est-il aussi efficace que l’EMDR avec un thérapeute ?
Non, une application ou une vidéo peut reproduire certains paramètres techniques d’une stimulation bilatérale, mais elle ne réalise ni l’évaluation clinique, ni la préparation, ni la stabilisation, ni la réévaluation nécessaires à l’EMDR.
Quels sont les risques de l’auto-EMDR pratiqué seul ?
Une stimulation mal encadrée peut entraîner une agitation, une anxiété accrue, des troubles du sommeil, des ruminations, des images intrusives ou une sensation d’irréalité. Elle peut aussi activer un matériel émotionnel que la personne ne sait pas contenir.
Peut-on utiliser seul le tapotement alterné ou le câlin du papillon ?
Ces exercices peuvent contribuer à un apaisement ponctuel s’ils restent simples et orientés vers le présent. Ils ne constituent pas un retraitement traumatique et ne doivent pas servir à replonger volontairement dans une scène chargée.
Dans quels cas l’auto-EMDR est-il particulièrement préoccupant ?
La prudence est particulièrement importante en cas de traumatisme complexe, de violences répétées, de dissociation, de symptômes psychotiques ou de crise suicidaire active. Dans ces situations, la priorité est une évaluation clinique et un accompagnement adapté.
Comment reconnaître un praticien EMDR sérieux ?
Il doit pouvoir expliquer sa formation, son statut professionnel, le cadre des séances et la manière dont il évalue la dissociation, la stabilité émotionnelle et les risques actuels. Une première consultation sert notamment à comprendre la demande et à déterminer ce qui doit être préparé avant toute stimulation.

Alban Pelloutier