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Comprendre la psychothérapie et l'accompagnement à Paris

Une chronique de Alban Pelloutier

Actualité

Clinicians Use Social Media to Connect and Address Mental Health Misconceptions

Selon un article de Psychiatry Advisor publié cette semaine, les cliniciens investissent désormais les réseaux sociaux pour reprendre la parole face aux idées reçues qui circulent sur la santé mentale.

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 09 septembre 2026

Clinicians Use Social Media to Connect and Address Mental Health Misconceptions

En parallèle, le Wellcome Trust a rendu public un rapport d'envergure sur les attitudes du public britannique face aux troubles psychiques et aux nouvelles interventions, assorti de recommandations aux décideurs et aux cliniciens; côté français, le think tank Cercle Asclépios-santé pour tous a formulé neuf propositions pour réformer la politique de santé mentale, articulant prévention, parcours de soins, recherche et inclusion sociale, à la veille des échéances de 2027. Concrètement, cela change ce qui se joue dès la première séance dans votre cabinet.

Vous arrivez en cabinet avec un diagnostic déjà prêt

Le patient qui pousse la porte aujourd'hui n'est plus celui d'il y a dix ans. Nous, cliniciens, le constatons: avant même la première consultation, il a déjà une étiquette prête à coller, un traitement à demander, un psy à disqualifier s'il ne valide pas le cadre qu'il s'est construit. Cette auto-information n'est pas un problème en soi. Elle devient un problème clinique lorsqu'elle verrouille l'écoute, et avec elle, l'alliance thérapeutique.

La question n'est plus de savoir si le clinicien doit être présent en ligne — elle est devenue de savoir comment il y tient sa posture sans sacrifier la déontologie ni tomber dans la complaisance pédagogique qui flatte le public.

Trois figures cliniques que nous voyons revenir

Le mouvement actuel fait apparaître, dans nos cabinets, trois configurations récurrentes qui ne sont pas sans conséquence sur le travail thérapeutique.

Le patient surinformé entre en séance comme on entre en négociation. Il teste la rigueur du clinicien, vérifie le vocabulaire, attend un assentiment. Le transfert se trouve verrouillé par le contenu consommé en amont, et toute relance est vécue comme une disqualification de son effort personnel.

Le patient apeuré a, lui, consommé des contenus anxiogènes — témoignages catastrophiques, listes de symptômes auto-appliqués, vidéos de psychopathologie expéditive. Le délai avant la première consultation s'allonge, parfois de plusieurs mois, parfois jusqu'à la décompensation.

Le patient qui confond information et insight a compris beaucoup de choses et n'a rien élaboré. Il attend du clinicien une validation de ce qu'il a déjà construit seul, et vit toute nuance comme une remise en cause. Le travail d'élaboration, qui est précisément le cœur de la psychothérapie, ne peut pas commencer.

Dans les trois cas, la posture clinique n'est ni de corriger frontalement ni de se taire pour préserver l'alliance à tout prix. Elle est d'accueillir ce que le patient apporte, puis de distinguer, sans pédanterie, ce qui relève du savoir partagé et ce qui relève de l'élaboration subjective.

La parole publique ne remplace pas le travail clinique

L'initiative des cliniciens présents sur les réseaux mérite d'être soutenue, et même attendue. Corriger une rumeur sur la schizophrénie, rappeler qu'un trouble de la personnalité borderline n'est pas une étiquette identitaire au choix, distinguer dépression caractérisée et déprime réactionnelle: ce travail de clarification manque. Mais il faut cesser de croire que la présence en ligne suffit. Un clinicien derrière son téléphone ne remplacera ni la supervision d'équipe, ni l'alliance construite séance après séance, ni le travail de fond qui permet le remaniement psychique.

Ce que nous devons garder en tête, cliniciens comme patients: la parole publique ouvre une porte. Elle ne franchit pas le seuil à votre place. Le reste — le transfert, l'élaboration, le changement — ne se joue pas dans un thread.