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Une chronique de Alban Pelloutier

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Santé mentale des jeunes : au-delà du soin, une crise de sens et de culture

Selon Lyon Capitale, l’essayiste Pierre Valentin défend une lecture volontairement dérangeante de la crise de la santé mentale des jeunes: elle ne serait pas seulement médicale ou thérapeutique, mais…

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 08 septembre 2026

Santé mentale des jeunes : au-delà du soin, une crise de sens et de culture

Selon Lyon Capitale, l’essayiste Pierre Valentin défend une lecture volontairement dérangeante de la crise de la santé mentale des jeunes: elle ne serait pas seulement médicale ou thérapeutique, mais aussi culturelle et civique. Dans un contexte où la souffrance psychique devient un marqueur générationnel, cette thèse oblige à distinguer ce qui relève du soin clinique, de l’isolement relationnel et de la perte de repères collectifs. TelQuel.ma a également publié une tribune présentant la santé mentale comme une question de dignité collective.

Une crise psychique ne se traite pas hors contexte

Dans l’entretien accordé à Lyon Capitale, Pierre Valentin associe la génération Z aux personnes nées entre 1995 et 2013. Il décrit une cohorte façonnée par le smartphone et les réseaux sociaux, mais surtout identifiée, de manière préoccupante, par la place prise par la crise de la santé mentale.

L’essayiste s’appuie sur plusieurs données présentées dans l’entretien. Aux États-Unis, les données de 2025 mentionnées par Lyon Capitale indiqueraient que 50 % des hommes âgés de 18 à 35 ans ont régulièrement pensé au suicide. En France, les hospitalisations en psychiatrie auraient augmenté, entre 2021 et 2022 par rapport à la moyenne de la décennie précédente, de 106 % chez les 20-24 ans, de 163 % chez les 15-19 ans et de 246 % chez les 10-14 ans.

Le même article évoque les baromètres de Santé publique France, selon lesquels plus de 22 % des jeunes seraient en dépression. L’institut Montaigne et Terra Nova avanceraient pour leur part une proportion de 25 % chez les 15-29 ans.

Ces chiffres sont rapportés par l’entretien. Ils ne suffisent pas, à eux seuls, à établir une cause unique. C’est précisément là que le débat devient intéressant: une hausse des troubles psychiques ne permet pas de conclure que la société serait la seule responsable, ni que la thérapie serait devenue inutile.

La clinique ne peut pas tout absorber

Le point central de la thèse de Pierre Valentin est une critique du « tout-psychiatrique ». Selon lui, une approche exclusivement médicale ne permettrait pas de comprendre la manière dont une partie de la jeunesse perçoit le monde, ni les mécanismes qui peuvent parfois affaiblir son jugement critique.

Nous devons être précis sur ce point. Reconnaître l’importance du contexte culturel et civique ne revient pas à nier la réalité d’une dépression, d’une crise suicidaire ou d’un trouble psychique. Un patient ne souffre pas moins parce que son époque est désorientée. Et l’alliance thérapeutique ne se construit pas en remplaçant la clinique par un commentaire général sur la société.

En revanche, traiter une personne comme si son symptôme existait dans le vide est une autre forme de réduction. L’isolement relationnel, la difficulté à se projeter et l’effacement des repères collectifs sont présentés dans l’entretien comme des éléments du malaise contemporain. Ils peuvent peser sur la demande de soin, sur l’adhésion au traitement et sur la capacité à maintenir un lien avec les autres.

Vous pouvez donc entendre cette controverse sans choisir entre deux caricatures: d’un côté, une psychiatrie supposée tout expliquer; de l’autre, une société supposée guérir par le seul retour du lien social. Ces deux positions évitent le travail clinique réel.

Ce que cela change pour les patients

Pour une personne qui cherche un accompagnement, cette actualité rappelle une distinction élémentaire: une thérapie n’est ni un service de réparation individuelle, ni un programme de réinsertion morale. Elle doit partir d’une souffrance singulière, évaluer les risques, clarifier la demande et construire un cadre de travail.

Le contexte social compte. Mais il ne remplace ni l’évaluation clinique ni la responsabilité du professionnel. Nous ne devons pas utiliser la « crise de la santé mentale » comme une explication totale, encore moins comme une identité prête à porter. Une génération ne se résume pas à ses symptômes.

La question posée par Lyon Capitale mérite toutefois d’être maintenue ouverte: que devient le soin lorsque la souffrance individuelle est aussi alimentée par une dégradation du lien collectif? La réponse ne sera pas trouvée dans une formule générale. Elle se vérifie dans chaque prise en charge, dans la qualité de l’écoute et dans la capacité à ne pas confondre compréhension du contexte et abandon de la clinique.