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Une chronique de Alban Pelloutier

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Crise de santé mentale chez l'enfant : pourquoi les urgences ne sont pas la solution

D'après un signalement relayé par Medscape, les services d'urgences pédiatriques britanniques constatent une hausse marquée des passages pour crise psychique chez les enfants.

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 03 septembre 2026

Crise de santé mentale chez l'enfant : pourquoi les urgences ne sont pas la solution

Le constat n'est pas anecdotique: il documente un déplacement structurel vers le tout-urgent, là où la prévention et l'orientation précoce auraient dû jouer leur rôle. Pour les cliniciens que nous sommes, cette donnée n'a rien de surprenant — elle confirme ce que le cabinet observe depuis plusieurs semestres: un rajeunissement des demandes de rendez-vous, avec des motifs d'appel de plus en plus aigus.

Le décalage entre crise et soin

Le passage aux urgences signe un échec en amont. Quand un enfant ou un adolescent arrive aux urgences pour une crise suicidaire, une angoisse envahissante ou un effondrement psychique brutal, c'est que le dispositif de soins primaires — médecin traitant, CMP, psychologue en libéral — n'a pas été sollicité à temps, ou n'a pas suffi. La consultation de psychothérapie reste pourtant un acte de prévention par excellence: elle intervient avant que la souffrance ne déborde. La hausse mise en lumière par ce signalement pointe la défaillance du premier maillon du parcours de soins, pas une envolée subite de la pathologie mentale des enfants.

Ce qui doit vous alerter, et quand agir

Concrètement, les parents qui consultent décrivent souvent les mêmes signaux: repli relationnel durable, chute des résultats scolaires, troubles du sommeil installés, irritabilité chronique, plaintes somatiques récurrentes. Ce ne sont pas encore des urgences psychiatriques. Ce sont des indicateurs à prendre au sérieux maintenant, et pas dans six mois. La règle est sans détour: plus la consultation est précoce, plus l'alliance thérapeutique est facile à nouer, et moins l'orientation vers un dispositif spécialisé devient nécessaire.

Inutile d'inventer une pathologie chez un enfant qui traverse une mauvaise passe. Il s'agit plutôt de distinguer un épisode réactionnel d'un trouble qui s'installe — ce qui exige un regard clinique, pas un avis de comptoir ni une grille TikTok.

Le terrain institutionnel bouge, en parallèle

Pendant que les urgences se remplissent, les structures d'organisation cherchent leurs appuis. Mental Health America a annoncé la désignation de la psychologue clinicienne Tia Dole à sa présidence et à sa direction générale, avec pour mission de piloter les programmes d'accès aux soins psychiques et de prévention. Le signal recoupe ce que nous observons dans nos propres organisations: la question n'est plus de savoir si la demande explose, mais comment les systèmes de soins s'organisent pour y répondre sans se contenter de colmater les urgences.

Pour un adulte qui consulte, ce contexte international a une conséquence directe et concrète: les délais d'accès se tendent, y compris à Paris. Mieux vaut anticiper une demande de rendez-vous qu'attendre le moment où la souffrance ne laisse plus le choix.