Formation clinique : le partenariat entre l'université de Gurugram et le PGIMS de Rohtak
Selon les informations rapportées par le quotidien indien The Tribune, le protocole d'accord signé entre l'Université Pt BD Sharma des sciences de la santé (UHSR) et l'université de Gurugram prévoit…
Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 06 septembre 2026

En psychologie clinique, le fossé entre la théorie et la pratique se creuse à un rythme que nous, cliniciens, ne pouvons plus ignorer. L'Inde vient pourtant de poser un geste concret: l'université de Gurugram et l'Institut post-doctoral de sciences médicales PGIMS de Rohtak ont signé un accord de collaboration pour offrir à leurs étudiants en psychologie des stages cliniques au sein du plus grand centre de santé mentale du nord du pays. Une initiative qui, à sa manière, pose une question directe à notre propre modèle de formation.
Un protocole concret, pas un vœu pieu
Selon les informations rapportées par le quotidien indien The Tribune, le protocole d'accord signé entre l'Université Pt BD Sharma des sciences de la santé (UHSR) et l'université de Gurugram prévoit des postes de formation clinique pour les étudiants inscrits dans quatre programmes accrédités par le Rehabilitation Council of India: master en psychologie clinique, licence (honours) en psychologie clinique, diplôme professionnel en psychologie clinique et master en psychologie. Les étudiants seront affectés par rotation au département de psychiatrie et à l'Institut d'État pour la santé mentale du PGIMS, où des centaines de patients se présentent quotidiennement en consultation externe.
Le vice-chancelier de l'UHSR, le Dr HK Agarwal, a rappelé que les étudiants pourront y observer directement des cas de schizophrénie, de troubles bipolaires, de dépression, de pathologies infantiles et de troubles liés aux addictions — des présentations cliniques qu'aucun manuel ne restitue dans leur complexité réelle. L'accord couvre également la prise en charge des évaluations psychologiques, des procédures diagnostiques et de la constitution d'antécédents cliniques.
Ce que cela dit de la formation en psychologie clinique
Le directeur du PGIMS, le Dr SK Singhal, a indiqué que cette formation visait à la fois à renforcer les compétences cliniques des étudiants et à rehausser la qualité des services psychologiques prodigués aux patients. C'est sur ce second point que le propos résonne au-delà de l'Inde.
La question n'est pas de savoir si les étudiants français bénéficient de stages — ils en ont. Elle est de mesurer l'écart entre un stage d'observation et une immersion prolongée dans un dispositif de soin confronté quotidiennement aux pathologies les plus sévères. L'accréditation réglementaire des programmes indiens concernés garantit un cadre précis, ce qui n'est pas sans rappeler les débats persistants en France sur la reconnaissance et la standardisation des formations en psychothérapie.
L'urgence comme terrain d'apprentissage
Le Dr Agarwal a formulé un constat sans détour: les problèmes de stress, de dépression et de toxicomanie augmentent rapidement, et l'Inde manque cruellement de psychologues cliniciens qualifiés. Le pays choisit d'y répondre en ancrant la formation dans le réel — dans la consultation, face au patient, là où les mécanismes de défense se déploient et où l'alliance thérapeutique se construit ou se fracasse.
Pour nous, cliniciens exerçant dans un système où la question de la formation pratique reste périodiquement redéfinie, ce type d'initiative constitue un rappel sans fioritures: la clinique s'apprend en clinique. Pas autrement.