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Une chronique de Alban Pelloutier

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Intelligence artificielle en santé mentale : pourquoi un cadre éthique est indispensable

Selon Medical Xpress, l'adoption croissante de l'intelligence artificielle par les pratiques en santé mentale impose désormais la rédaction de recommandations spécifiques — un signal que relaie…

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 05 septembre 2026

Intelligence artificielle en santé mentale : pourquoi un cadre éthique est indispensable

L'IA entre dans les cabinets, les guidelines tardent. Selon Medical Xpress, l'adoption croissante de l'intelligence artificielle par les pratiques en santé mentale impose désormais la rédaction de recommandations spécifiques — un signal que relaie simultanément Wellcome, qui consacre un dossier à la manière dont ces outils pourraient aider à traiter les troubles psychiques.

Un vide clinique que les praticiens constatent

Le constat est partagé par une partie croissante de la profession: les dispositifs d'IA investissent le champ de la santé mentale, du suivi émotionnel à l'aide au repérage diagnostique, alors que les ordres professionnels n'ont pas encore formalisé ce que ces outils peuvent assumer dans la relation thérapeutique — et surtout ce qu'ils ne peuvent pas assumer.

Pour nous, cliniciens, trois lignes rouges se dessinent déjà. La confidentialité d'abord: les données psychiques comptent parmi les plus sensibles que vous confiez, et les conditions de leur traitement algorithmique restent souvent opaques. Le risque de déshumanisation ensuite: un dispositif technique ne construit pas d'alliance thérapeutique, ne repère pas un clivage, ne tolère pas le silence chargé d'une relance, n'ajuste pas un mouvement transférentiel. La question diagnostique enfin: un algorithme classe, il n'élabore pas. Or, la psychopathologie exige une lecture contextuelle que les modèles statistiques peinent à reproduire.

Ce que vous devez vérifier avant d'accepter

Pour vous qui engagez ou poursuivez une démarche de soin, quelques questions directes s'imposent avant tout dispositif intégrant de l'IA. Qui accède aux données recueillies pendant les séances, et sous quel cadre juridique? Le professionnel qui vous accompagne a-t-il reçu une formation spécifique à l'usage de cet outil, ou s'agit-il d'un déploiement par défaut? L'IA intervient-elle en complément d'un suivi humain, ou s'y substitue-t-elle à certains moments du parcours? Quel recours existe si le dispositif produit une erreur d'évaluation ou une fuite d'information?

Le dossier publié par Wellcome sur le potentiel de l'IA en santé mentale confirme que ces technologies présentent un intérêt réel — à condition, précisément, que les garde-fous cliniques soient posés en amont.

Ce que les futures guidelines devront trancher

Le prochain cadre réglementaire devra affronter une distinction que nous, cliniciens, connaissons bien: la différence entre un outil et un substitut. L'IA peut faciliter la documentation, signaler des récurrences, alléger une charge administrative considérable. Elle ne peut pas tenir une position clinique, accompagner un moment de décompensation, ni soutenir un transfert négatif. Les guidelines à venir devront nommer cette frontière — et probablement interdire ce qui la franchit.

Pour l'heure, une règle simple tient: quand un dispositif se présente comme « thérapeutique » sans encadrement identifié, il revient au praticien d'en assumer la responsabilité clinique — et à vous, patient, d'en demander les preuves avant d'y engager votre parole.