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Comprendre la psychothérapie et l'accompagnement à Paris

Une chronique de Alban Pelloutier

Actualité

L'importance cruciale de la spécialisation linguistique en psychothérapie clinique

Huit virgule cinq pour cent des orthophonistes et audiologistes se déclarent bilingues aux États-Unis, selon les chiffres relayés par Marquette Today à l'occasion des vingt-cinq ans de sa…

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 21 août 2026

L'importance cruciale de la spécialisation linguistique en psychothérapie clinique

Huit virgule cinq pour cent des orthophonistes et audiologistes se déclarent bilingues aux États-Unis, selon les chiffres relayés par Marquette Today à l'occasion des vingt-cinq ans de sa spécialisation Bilingual English-Spanish (BIES). Le programme, fondé en 2001 à Milwaukee par Wendy Krueger, Kathy Erdman et Donna Kelly, fête un quart de siècle dédié à la formation de praticiens capables d'évaluer et d'intervenir en anglais et en espagnol. Pour nous, cliniciens francophones et russophones installés à Paris, la nouvelle n'est pas anecdotique: elle met en lumière un angle mort que nous côtoyons chaque semaine dans nos cabinets, dès qu'un patient nous demande un suivi dans une autre langue que le français ou qu'un parent sollicite un accompagnement pour son enfant dans sa langue d'origine.

Une compétence qui ne va pas de soi

Ce n'est pas un débat théorique. Lorsqu'un patient bilingue présente un trouble du langage ou de la parole, l'évaluation en monolingue produit un tableau clinique biaisé, et l'intervention monolingue peut creuser l'écart entre les deux langues au lieu de le réduire. Wendy Krueger le formule sans détour dans le dossier publié par l'université: « De nombreux orthophonistes manquaient de maîtrise de l'espagnol et/ou de connaissance et de sensibilité pour travailler au mieux avec des personnes hispanophones, mais les avaient dans leur file active. » La phrase mérite d'être affichée à l'entrée de chaque institut de formation. L'absence de compétence linguistique n'est pas un détail administratif, c'est un risque iatrogène. Le patient finit par payer l'addition d'une formation qui ne l'a pas préparé à le recevoir. Stacy Ko, qui a rejoint le programme dès ses débuts après une formation à San Diego, incarne cette exigence: la spécialisation reste une cohorte d'une douzaine d'étudiants, avec un suivi individuel renforcé, précisément parce que l'apprentissage technique ne suffit pas à faire un clinicien bilingue.

Ce que cela change dans le cabinet

Pour vous qui cherchez un suivi en langue étrangère, ou pour vos enfants, la leçon est directe. Demandez le parcours de formation spécifique du praticien: pas seulement « je parle anglais » ou « je parle russe », mais une formation diplômante à l'évaluation et à l'intervention bilingues, et une pratique clinique supervisée auprès de locuteurs natifs. C'est ce type de référence documentée que le programme marquetteois affiche depuis vingt-cinq ans, et c'est ce que vous devez exiger ici comme à Milwaukee. Une promesse de bonne volonté sur un site ne pèse rien face à une absence de caseload bilingue traçable. Quand la langue maternelle est le premier contenant de la souffrance psychique, ne pas la parler revient à travailler à moitié, et la moitié n'est pas suffisante. Vous avez le droit, et même le devoir, de poser la question de la formation spécifique avant de vous engager dans un suivi. Ce n'est pas de la défiance, c'est de l'hygiène clinique.

Ce qu'il faut désormais surveiller

Trois signaux retiendront notre attention dans les mois qui viennent: la reconnaissance européenne des certifications bilingues nord-américaines, l'émergence de programmes équivalents en France et en Russie pour les cliniciens francophones et russophones, et la place laissée aux praticiens bilingues dans les parcours de soins parisiens. La formation continue existe précisément pour fermer cet écart, et nous voyons trop de collègues s'en exonérer au motif que « l'intuition clinique suffit ». Non, elle ne suffit pas. Elle n'a jamais suffi. À nous, désormais, de tenir la même exigence que celle qui a présidé à la fondation du programme BIES en 2001: former des cliniciens qui parlent vraiment la langue de leurs patients, ou admettre qu'ils ne sont pas outillés pour les recevoir.