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Une chronique de Alban Pelloutier

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L'intelligence artificielle dans la formation psychiatrique : enjeux et limites cliniques

Selon Cureus, un article intitulé « L’intelligence artificielle et la formation psychiatrique: opportunités, défis et avenir de l’enseignement en santé mentale » met en regard l’IA et la formation…

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 26 août 2026

L'intelligence artificielle dans la formation psychiatrique : enjeux et limites cliniques

Selon Cureus, un article intitulé « L’intelligence artificielle et la formation psychiatrique: opportunités, défis et avenir de l’enseignement en santé mentale » met en regard l’IA et la formation des professionnels de la psychiatrie. Le sujet concerne directement une clinique de psychologie et de psychothérapie: il ne s’agit pas de présenter une machine comme un soignant, mais de comprendre ce que les cliniciens apprennent à lui demander et, surtout, ce qu’ils doivent continuer à décider seuls. Les éléments disponibles ne donnent ni méthode, ni échantillon, ni résultats détaillés; ils permettent d’identifier un débat, pas d’affirmer qu’un dispositif améliore la formation ou le soin.

L’IA comme objet de formation, pas comme preuve de soin

Le titre de Cureus est programmatique: il annonce des possibilités, des difficultés et un avenir. Il ne dit pas précisément si l’IA est utilisée pour aider à raisonner sur des situations cliniques, pour préparer des supports pédagogiques ou pour accompagner l’analyse de dossiers. Ces distinctions ne sont pas secondaires. Une performance sur un exercice ne dit pas forcément comment un professionnel réagira face à un patient réel, avec ses silences, ses contradictions et ses mécanismes de défense.

Pour nous, cliniciens, la première question est donc celle de l’apprentissage: l’IA apprend-elle au professionnel à vérifier une suggestion, à comparer plusieurs hypothèses et à reconnaître ses limites? Ou lui donne-t-elle seulement l’illusion d’une réponse rapide? Une réponse techniquement fluide peut être fausse, inadaptée ou simplement dépourvue de sens clinique. La supervision humaine ne devrait pas devenir une formalité destinée à valider automatiquement ce qu’un logiciel propose.

La deuxième question porte sur le transfert entre formation et pratique. Un outil conçu pour un exercice de formation psychiatrique n’est pas, par ce seul statut, un outil de psychothérapie. Il ne devient pas une méthode de soins parce qu’il produit un texte cohérent. Pour le patient, un article consacré à l’enseignement ne suffit pas à établir une autorisation, une sécurité ou une efficacité clinique.

Ce qu’il faut vérifier avant d’accepter un outil

Le dossier disponible ne mentionne ni document officiel, ni protocole d’utilisation, ni résultats permettant d’évaluer un logiciel particulier. Il serait donc trompeur d’inventer une certification ou une garantie qui n’est pas fournie. En revanche, une clinique peut et doit rendre son usage compréhensible.

Si l’on vous propose que l’IA intervienne dans votre parcours, inutile de se perdre dans le vocabulaire technologique. Demandez plutôt des réponses précises:

  • quelle tâche l’outil accomplit-il exactement: préparation d’un support, aide à la formulation, analyse documentaire ou autre fonction?
  • une personne identifiée relit-elle le résultat avant qu’il influence la prise en charge?
  • quelles informations sont utilisées, qui peut y accéder et comment leur usage est-il limité?
  • que se passe-t-il si le résultat est erroné, incomplet ou difficile à comprendre?
  • pouvez-vous refuser l’utilisation du dispositif sans que cela modifie votre accès aux soins?
  • qui prend la décision finale et qui assume la responsabilité de cette décision?

Ces questions ne sont pas un test d’adhésion à l’innovation. Elles rétablissent une hiérarchie clinique élémentaire: un outil peut produire une information; il ne doit pas dicter une relation de soin. Si la clinique répond par des certitudes sans expliquer ses limites, vous avez le droit de demander des mots plus simples et des réponses plus concrètes.

La bonne question reste clinique

Le débat est moins spectaculaire qu’il n’y paraît. Une machine peut fournir une formulation ordonnée. Elle ne sait pas si le patient se sent réellement compris, si le cadre de la séance est suffisamment sûr, si une parole déplace un conflit ou si un mécanisme de défense est en train de se rigidifier. Ces éléments ne se résument pas à une probabilité.

Le risque est de confondre aide à la décision et décision clinique. Nous, cliniciens, devons garder une position nette: l’IA peut être discutée comme instrument de formation, mais elle ne remplace ni l’entretien, ni le jugement clinique, ni la supervision. L’alliance thérapeutique repose sur une rencontre, une écoute et une responsabilité partagée — pas sur la capacité d’un système à imiter le langage du soin.

Pour vous, le signal à suivre n’est donc pas le nombre d’outils évoqués, mais la capacité de l’équipe à en dire les limites, à obtenir votre accord, à corriger une erreur et à assumer une décision humaine. L’IA peut occuper une place dans l’enseignement. Elle ne doit pas devenir un écran entre vous et le professionnel qui vous accompagne.