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Comprendre la psychothérapie et l'accompagnement à Paris

Une chronique de Alban Pelloutier

Actualité

Quand la psychothérapie encourage la rupture au lieu de la réparation

Une tribune publiée dans Time Magazine formule une accusation que peu de cliniciens auront le courage de lire jusqu'au bout.

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 29 août 2026

Quand la psychothérapie encourage la rupture au lieu de la réparation

Le constat est frontal: nous serions devenus prompts à valider la rupture relationnelle là où notre métier devrait, au contraire, apprendre à réparer. La question mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle touche directement à ce qui se joue — ou se déjoue — dans le cabinet.

Le vocabulaire de la rupture a pris le pas sur celui du lien

L'auteur de la tribune rappelle une évidence que la formation a parfois tendance à oublier: la psychothérapie repose sur l'idée que c'est dans le lien que quelque chose se soigne. Notre outillage contemporain s'est spectaculairement étoffé du côté du repérage des relations toxiques — limites, trauma, gaslighting, narcissisme, sécurité émotionnelle. L'arsenal inverse, celui qui aide à traverser un conflit sans détruire la relation, reste notoirement plus maigre.

Le mouvement n'est pas qu'une impression de praticien. Une journaliste du Wall Street Journal, Elizabeth Bernstein, a documenté des cas de patients adultes que leurs thérapeutes ont accompagnés vers le no contact avec leurs parents, parfois après un travail de réparation à peine esquissé. Dans un sondage portant sur environ 7 000 parents en rupture avec leur enfant adulte, un tiers estimait que le thérapeute avait influencé, voire recommandé, la décision de couper le lien. Ce chiffre isolé suffit à retourner la conversation.

Ce que l'on signe en sortant d'un lien

Le pattern dépasse la question parent-enfant. On le retrouve dans les couples, entre frères et sœurs, dans les amitiés longues. La psychothérapie contemporaine confond trop vite la relation dysfonctionnelle — celle dont il faut partir — et la relation en détresse — celle qui se travaille. La nuance est clinique, pas seulement sémantique.

Quitter un lien qui a pris une vie à se construire ne fait pas disparaître le conflit: il le déplace, souvent vers la solitude. Les liens soutiennent l'identité, la résilience, le sentiment d'appartenance. Les rompre trop vite fabrique des patients plus seuls, et souvent moins équipés pour affronter le conflit ailleurs. La connexion sociale est une forme d'entraînement, et un entraînement s'entretient — il ne se décrète pas.

Quand vous franchissez la porte du cabinet

Rien de tout cela ne signifie qu'il faille rester dans n'importe quel lien. Certaines situations imposent au clinicien de protéger, voire d'aider à partir. La question n'est jamais rester ou partir en principe: elle est, dans chaque histoire singulière, de déterminer ce qui peut être travaillé et ce qui doit être arrêté.

Si vous entamez ou reprenez une démarche, deux questions méritent d'être posées tôt, à voix haute. Demandez à votre thérapeute comment il aborde les conflits importants avec vos proches, et ce qui, selon lui, distingue une relation réparable d'une relation à quitter. Ce ne sont pas des questions de procédure. Ce sont des questions cliniques, et la manière dont votre thérapeute les accueille en dit souvent autant que ce qu'il répond.