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Comprendre la psychothérapie et l'accompagnement à Paris

Une chronique de Alban Pelloutier

Actualité

Santé mentale : quand l'art et le partage deviennent des leviers de prévention

Comme le relaie La Nouvelle République, les Semaines d'information sur la santé mentale (Sism) 2026 se déploient en Sud-Touraine autour de rendez-vous gratuits mêlant musique, théâtre, peinture et ateliers d'expression.

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 23 septembre 2026

Santé mentale : quand l'art et le partage deviennent des leviers de prévention

En consultation, nous le constatons chaque semaine: la plupart des patients que nous recevons ont attendu des mois, parfois des années, avant de franchir la porte d'un cabinet. Ces initiatives ont-elles vocation à raccourcir ce délai — ou à s'y substituer? La distinction mérite d'être posée.

Ce que ces dispositifs activent — et ce qu'ils ne remplacent pas

Ces espaces de partage — parfois animés par des artistes, comme la tatoueuse et illustratrice Béatrice Clerbout à l'Antre Peaux du Grand-Pressigny — remplissent une fonction que nous ne mésestimons pas: ouvrir une porte, déstigmatiser, permettre une première expression quand la demande de soin ne s'est pas encore formulée. À ce titre, ils relèvent de la prévention et de la psychoéducation, et leur place dans le paysage sanitaire ne se discute pas.

Mais il faut être clair: un dispositif collectif, aussi soigné soit-il, n'est pas un espace thérapeutique. L'alliance thérapeutique, le transfert, le travail sur les mécanismes de défense — tout ce qui constitue le cœur d'une psychothérapie — exige un cadre individuel, protégé, et une continuité que ces rendez-vous ponctuels ne proposent pas. Confondre les deux, c'est laisser entrevoir quelque chose qui ne pourra pas se déployer, et qui parfois se refermera plus vite encore.

Le deuil, l'expression par le jeu, et la question du cadre

À Cherbourg, dans le cadre des mêmes Sism, un « café deuil » propose un atelier parents-enfants construit autour d'un jeu de cartes facilitant l'expression des émotions liées à la perte. L'initiative, qui se tient au centre social Niki de Saint Phalle de 14h30 à 16h30, s'adresse à tout public et vise, selon la présentation de la ville, à ouvrir le dialogue et à briser les tabous autour de la perte.

L'intention est juste, et l'outil — ce jeu de cartes pensé pour mettre en mots ce qui ne se dit pas facilement — est pertinent sur le plan pédagogique. Pourtant, en tant que cliniciens, nous voyons aussi les limites: un deuil non élaboré, chez l'enfant comme chez l'adulte, ne se traite pas par un atelier de deux heures. Il demande du temps, un cadre contenant, et souvent un accompagnement au long cours — individuel, familial, ou les deux. Parler du deuil, ce n'est pas faire le travail de deuil.

Ce que nous tenons à préciser

Ces dispositifs ont leur place — et nous encourageons quiconque à s'y rendre lorsqu'ils existent à proximité. La psychoéducation, la déstigmatisation, le premier contact avec le langage du soin: tout cela compte, et nous prenons ces initiatives au sérieux.

Mais ils ne remplacent pas une indication de psychothérapie, et ils ne suffisent pas lorsque les symptômes persistent, que la souffrance s'installe, ou que la répétition impose un travail de fond. Vous ressentez quelque chose qui ne passe pas, un symptôme qui revient, une scène qui se rejoue? Ce n'est pas dans un atelier de deux heures que cela se dénouera. C'est dans un cadre clinique, tenu dans la durée — et c'est précisément la distinction que nous tenons à maintenir.