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Une chronique de Alban Pelloutier

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Neurodiversité au cabinet : quand l'étiquette masque la réalité clinique

Une revue de cadrage publiée dans JAMA Psychiatry met les pieds dans le plat: sur 134 études totalisant 151 134 participants, les termes « neurodivergence » et « neurodiversité » agrègent des…

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 21 septembre 2026

Neurodiversité au cabinet : quand l'étiquette masque la réalité clinique

Quand « neurodiversité » ne dit plus rien au cabinet

Une revue de cadrage publiée dans JAMA Psychiatry met les pieds dans le plat: sur 134 études totalisant 151 134 participants, les termes « neurodivergence » et « neurodiversité » agrègent des réalités diagnostiques profondément hétérogènes. Selon les auteurs, 41,8 % des travaux s'appuient sur des diagnostics auto-rapportés, 37,3 % sur une simple auto-identification, et 21,6 % ne précisent aucun diagnostic clinique. Pour nous, cliniciens, ce n'est pas une querelle de chercheurs. C'est une question qui se pose à chaque nouvelle demande de rendez-vous.

Ce que la revue a réellement trouvé

Les chiffres parlent avant tout discours. Quand on regarde les diagnostics effectivement associés à ces étiquettes, l'autisme arrive en tête (68,7 % des études), suivi du TDAH (64,2 %), de la dyslexie (32,8 %), de la dyspraxie (15,7 %), des troubles anxieux (14,9 %) et de la dyscalculie (12,7 %). Le reste se disperse dans un éventail large de catégories, parfois sans cohérence nosographique. La conclusion des chercheurs est sans détour: ces termes ont une valeur pour penser l'expérience vécue et l'identité, mais leur manque de spécificité introduit une hétérogénéité considérable dans la recherche comme dans la pratique clinique.

Ce que cela change concrètement au cabinet

Qu'est-ce que cela implique pour la personne qui pousse la porte en déclarant « je suis neuroatypique »? Nous entendons d'abord ce que cette formulation porte: une souffrance, un sentiment d'inadéquation, souvent un parcours de soins chaotique. Mais nous ne pouvons pas confondre une identité revendiquée avec un tableau clinique. Les deux ne s'opposent pas — ils ne se substituent pas. Sans anamnèse précise, sans évaluation structurée, le risque est réel de laisser passer un trauma complexe, un trouble anxieux caractérisé, ou au contraire d'attribuer à un diagnostic neurodéveloppemental ce qui relève d'un autre registre.

C'est un point d'autant plus sensible que le travail thérapeutique sur le trauma exige une lecture différentielle rigoureuse: un état de stress post-traumatique, un trouble de l'attachement, une phobie spécifique peuvent cohabiter avec un TDAH ou un Trouble du Spectre de l'Autisme — ou être masqués par eux si l'évaluation s'arrête au mot « neurodivergent ».

Ce que nous retenons — et ce que cela change pour vous

La revue ne demande pas d'effacer le terme. Elle demande qu'il ne fasse pas, à lui seul, le travail du diagnostic. Pour vous qui consultez, cela signifie qu'un praticien sérieux vous posera des questions précises sur votre histoire, vos symptômes actuels, vos antécédents — et ne se contentera pas d'un drapeau identitaire pour décider d'un axe de prise en charge. Pour nous cliniciens, c'est un rappel utile à une époque où les étiquettes circulent plus vite que les bilans, et où la tentation est grande de confondre le symptôme avec le hashtag.