Thérapies émotionnelles spectaculaires : faut-il céder à la mode du Neo Emotional Release ?
Comme le raconte une journaliste de Cosmopolitan dans un récit publié mi-septembre, ces images l'ont poussée, après des années de thérapies par la parole et un trouble anxieux bien installé, à…
Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 20 septembre 2026

Sur les réseaux sociaux, les vidéos se multiplient: corps qui tremblent, cris étouffés dans un oreiller, sanglots incontrôlables. Comme le raconte une journaliste de Cosmopolitan dans un récit publié mi-septembre, ces images l'ont poussée, après des années de thérapies par la parole et un trouble anxieux bien installé, à essayer la Neo Emotional Release therapy — le NER. Avant de céder à la curiosité, mieux vaut comprendre ce qui se joue réellement derrière ces séances spectaculaires, et ce que les données cliniques, encore rares, permettent d'en dire.
Le NER, entre promesse cathartique et formation parallèle
Le récit de Cosmopolitan est sans détour: allongée chez une praticienne à Londres, la journaliste décrit un protocole mêlant travail corporel, respirations sonores, visualisations guidées et ce que les praticiens présentent comme un travail énergétique, avec emprunts à l'exploration de l'enfant intérieur. La praticienne interrogée, Pascale Haller, a été formée au Neo Emotional Release Institute — et non dans un cursus de psychothérapie clinique réglementé. Venue au NER après un long parcours dans la tech, en difficulté avec l'alcool après l'échec, selon son propre récit, de la parole et des Alcooliques anonymes, elle a commencé à recevoir des clients à temps plein en février 2024.
Nous, cliniciens, notons trois points qui méritent votre attention avant de réserver. Premièrement, l'absence de qualification clinique encadrée: le label NER ne correspond, à notre connaissance, à aucune profession réglementée ni à un titre de psychothérapeute agréé en France. Deuxièmement, l'effet cathartique mis en avant sur les réseaux — tremblements, cris, pleurs — n'est pas un indicateur fiable de travail thérapeutique abouti; une activation émotionnelle intense, sans intégration ni contenance, peut relever d'une re-traumatisation chez les patients les plus fragiles. Troisièmement, la praticienne elle-même le reconnaît dans le récit de Cosmopolitan: il n'y a pas de déroulé type d'une séance, et certains clients ressortent simplement détendus.
Quand la recherche clinique prend le relais
À l'autre bout du spectre, un programme nommé Left Write Hook, conduit à Ballarat en Australie, fait l'objet d'un essai clinique en partenariat avec l'Université de Melbourne et le Grampians Health Ballarat Centre Against Sexual Assault. Selon un article du Courier, il associe boxe sans contact et écriture expressive auprès de survivantes de violences sexuelles dans l'enfance. Les participantes sont réparties au hasard entre le programme combiné et un groupe boxe seule, sur huit semaines, avec évaluation par l'université. Les pilotes antérieurs signalaient des améliorations du bien-être et une réduction de l'anxiété, de la dépression et des symptômes post-traumatiques — résultats préliminaires à interpréter avec prudence, en attendant la publication des données de l'essai en cours.
Ce qui retient notre attention, c'est la démarche inverse. Ici, pas de promesses cathartiques filmées: une hypothèse testée, un protocole reproductible, une évaluation externe, et un public cible précis — des adultes s'identifiant au féminin ou au genre divers, résidant dans l'État de Victoria, ayant vécu des abus sexuels dans l'enfance ou des violences fondées sur le genre.
Ce que nous vérifions avant toute orientation
Vous envisagez une thérapie corporelle ou somatique après un parcours de psychothérapie verbale qui n'a pas suffi? Trois vérifications s'imposent, en notre qualité de cliniciens. Que le praticien détienne un titre de psychothérapeute reconnu, ou à tout le moins une formation adossée à un cadre universitaire ou institutionnel vérifiable. Qu'un entretien préalable permette d'évaluer vos antécédents, vos fragilités actuelles et la présence éventuelle d'un traumatisme complexe — contre-indication classique aux approches de décharge émotionnelle non contenues. Et qu'un suivi, même bref, soit prévu après la séance, pour ne pas rester seul avec une activation qui n'a pas trouvé son issue.
Si l'envie de « libérer le trauma » se fait pressante, rappelez-vous ceci: une réaction physique intense n'est pas une preuve de guérison. Ce qui soigne, ce n'est pas la décharge — c'est ce qu'on en fait, avec qui, et dans quel cadre.