Gestion des traumatismes : l'urgence psychologique après une catastrophe naturelle
Le 26 août, un glissement de terrain majeur frappe le port de Gyirong, dans la région autonome du Xizang.
Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 07 septembre 2026

Quand un glissement de terrain oblige la Chine à structurer en urgence l'accompagnement psychologique de traumatisme
Dans les jours qui suivent, les autorités de Shigatse annoncent avoir fait de l'accompagnement psychologique une priorité absolue — pour les familles des victimes et des disparus, pour les habitants relocalisés, et pour les secouristes. Une équipe de 70 professionnels dépêchés sur le terrain a déjà conduit plus de 1 100 interventions psychologiques auprès de 253 familles touchées, tandis que quatre lignes téléphoniques dédiées ont reçu 876 appels, dont près de la moitié depuis l'étranger. Un chiffre à lui seul révèle l'ampleur du dispositif déployé et la dimension internationale du traumatisme.
Une mobilisation à l'échelle nationale, mais des limites visibles
Les autorités régionales, en collaboration avec la Commission nationale de la Santé, ont mis à disposition plus de 210 spécialistes en psychologie de crise en standby. Au niveau local, au moins quatre personnels médicaux ont été affectés à chaque site de relocalisation — incluant soins médicaux, contrôle des maladies et soutien psychologique. Un guide d'autopsychologie bilingue chinois-tibétain a été conçu pour aider les personnes exposées à différentes réactions de stress post-traumatique. Les interventions passent par l'écoute, l'accompagnement, l'orientation et le réconfort, avec des suivis individuels ciblés pour les familles les plus touchées.
Côté secouristes, des évaluations de risque psychologique sont conduites systématiquement, avec des accompagnements collectifs et individuels disponibles. À mi-semaine, 966 séances de soutien émotionnel avaient été réalisées pour les résidents des sites de relocalisation.
Ce qui frappe, dans cette réponse de crise, c'est la rapidité de l'organisation et l'effort d'adaptation — notamment le choix de médecins tibétains et de professionnels multilingues pour communiquer avec les familles étrangères. Un pragmatisme que nous, cliniciens, savons souvent absent des plans d'urgence.
Ce que les zones à faibles ressources nous apprennent sur l'accès aux soins
Une étude publiée dans Frontiers éclaire un angle complémentaire: dans les comtés ruraux chinois à faibles ressources, le modèle de soutien psychologique repose sur ce que les chercheurs qualifient de « pseudo-profécialisation ». Concrètement, les enseignants et les encadrants scolaires sont formés à repérer les signaux de détresse, à offrir une écoute de base et à orienter vers des services médicaux — sans prétendre exercer une fonction thérapeutique. L'enquête menée dans le comté de Suining (province du Jiangsu) entre 2023 et 2024, à travers 52 entretiens et des observations dans 10 écoles, montre que ce dispositif élargit l'accès au premier niveau de soutien, mais se heurte à la charge de travail des enseignants, aux refus parentaux, aux ruptures de continuité lors des transitions scolaires et aux risques en matière de confidentialité.
L'étude insiste sur un point essentiel: cette pseudo-profécialisation ne remplace pas le professionnel clinique. Elle ne fonctionne que si un encadrement professionnel rigoureux, des canaux de referral stables et une gouvernance stricte de l'information sont garantis.
Pourquoi cela nous concerne, cliniciens et patients
Ces deux événements — l'un catastrophe naturelle, l'autre recherche de terrain — dessinent un même constat: la demande de prise en charge psychologique du traumatisme dépasse de très loin l'offre institutionnelle, même dans un pays qui mobilise des moyens considérables. Les glissements de terrain ne sont pas notre quotidien à Paris, mais les mécanismes de défense, le risque de chronicisation, la nécessité d'un suivi continu et l'importance d'un cadre thérapeutique structuré — nous les retrouvons dans chaque consultation.
Quand on vous propose un accompagnement psychologique après un événement traumatique, vérifiez d'abord la formation du praticien, la nature du cadre proposé (suivi ponctuel ou thérapie engagée), et l'existence d'un dispositif de referral si la situation se complexifie. Un guide d'autopsychologie ne fait pas une thérapie. Une ligne téléphonique ne remplace pas une alliance thérapeutique. Le premier réflexe — consulter — est souvent le bon. Le second — choisir le bon cadre — est celui qui fait la différence.