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Comprendre la psychothérapie et l'accompagnement à Paris

Une chronique de Alban Pelloutier

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur

22 août 2026 · 21 min de lecture

Refus de prise en charge : un acte déontologique

Un psychologue n’a pas vocation à accepter toutes les demandes qui lui sont adressées.

Refus de prise en charge : un acte déontologique

Refus de prise en charge: un acte déontologique

Le refus de prise en charge peut être la décision la plus responsable lorsqu’il manque une compétence, qu’un conflit de rôles menace la neutralité du travail ou que le cadre proposé ne convient pas à la situation clinique.

La psychologie libérale a pourtant diffusé une représentation inverse. Le professionnel devrait être disponible, accueillant, adaptable, capable de répondre à toute souffrance avec la même méthode et le même sourire. Cette banalisation transforme parfois la demande de soin en relation commerciale: un patient demande, un praticien accepte. Or une rencontre thérapeutique n’est pas une prestation interchangeable. Elle engage une responsabilité clinique.

Le refus de prise en charge psychologue déontologie n’est donc pas une formule administrative secondaire. C’est une question de compétence, de limites et de protection de la personne consultante. Refuser n’est pas abandonner. Refuser peut précisément empêcher une prise en charge inadéquate.

Le cadre déontologique: nous ne sommes pas compétents pour tout

Le Code de déontologie des psychologues pose une exigence simple: un praticien doit refuser une intervention lorsqu’il sait ne pas posséder les compétences nécessaires pour répondre à la demande qui lui est adressée.

Cette règle paraît évidente. Elle est pourtant régulièrement contournée par des mécanismes très ordinaires: désir de ne pas décevoir, pression financière, peur de perdre un patient, surestimation de ses capacités, confusion entre écoute et traitement clinique. Un psychologue peut savoir écouter une personne en crise sans savoir évaluer un risque suicidaire aigu. Il peut conduire des entretiens de soutien sans maîtriser la clinique du trauma complexe. Il peut recevoir des adultes en consultation sans être formé au travail avec les enfants, les couples ou les familles.

Le diplôme ne constitue pas une compétence universelle. Il autorise l’usage du titre de psychologue dans les conditions prévues par la loi, mais il ne transforme pas chaque professionnel en spécialiste de toutes les pathologies, de tous les âges et de tous les dispositifs.

Nous devons donc distinguer trois niveaux:

  • La compétence générale, acquise par la formation initiale et l’expérience clinique.
  • La compétence spécifique, liée à une population, une problématique ou une méthode particulière.
  • La capacité actuelle à intervenir, qui dépend aussi de l’état du praticien, de son cadre de travail et de la possibilité réelle de maintenir une posture clinique.

Cette dernière dimension est souvent négligée. Un psychologue peut théoriquement être formé à une problématique et ne pas être en mesure de l’accueillir à un moment donné. La fatigue extrême, un événement personnel, une surcharge de consultations ou une difficulté psychique non élaborée peuvent altérer la disponibilité nécessaire. Le professionnel n’a pas à exposer sa vie privée au patient, mais il doit pouvoir reconnaître lorsqu’il ne garantit plus une intervention suffisamment ajustée.

La limite professionnelle n’est pas un aveu d’échec. C’est le point où la responsabilité clinique commence réellement.

Le refus doit aussi être distingué d’un jugement porté sur la personne. Le psychologue ne refuse pas un patient parce que celui-ci serait « trop difficile », « pas assez motivé » ou « mauvais pour la thérapie ». Ces formulations masquent souvent un contre-transfert non travaillé, une irritation ou une incapacité à penser la situation. Elles ne constituent pas, en elles-mêmes, des motifs déontologiques solides.

La question n’est pas: « Est-ce que j’ai envie de recevoir cette personne? »

La question est: « Puis-je proposer ici un travail suffisamment compétent, sécurisé et cliniquement cohérent? »

Quand un psychologue peut refuser un patient

Le droit de refus du psychologue n’est pas un droit arbitraire de sélectionner les demandes selon ses préférences. Il s’exerce dans les limites de la responsabilité professionnelle. Le motif du refus doit pouvoir être pensé, formulé et, lorsque cela est nécessaire, réorienté.

Une demande qui dépasse les compétences

C’est le cas le plus clair. Le praticien reçoit une demande qui exige une formation ou une expérience qu’il ne possède pas.

Cela peut concerner:

  • l’évaluation d’un trouble neurodéveloppemental chez l’enfant;
  • la prise en charge d’un état psychotique ou d’une décompensation aiguë;
  • l’accompagnement d’un risque suicidaire nécessitant une évaluation urgente et coordonnée;
  • les conséquences psychotraumatiques d’une violence sexuelle ou conjugale;
  • la clinique des addictions lorsque le cadre ambulatoire ordinaire ne suffit pas;
  • les troubles alimentaires sévères;
  • les expertises judiciaires ou les évaluations destinées à produire un document dans un contexte contentieux;
  • la thérapie de couple ou la thérapie familiale lorsque le professionnel n’est pas formé à ce dispositif.

Le refus ne signifie pas qu’un psychologue généraliste ne peut jamais recevoir une personne présentant une difficulté complexe. La clinique ne fonctionne pas par étiquettes administratives. Elle suppose d’évaluer la demande, le niveau de risque, les ressources du patient et le cadre disponible.

Mais il existe une différence entre accueillir une souffrance avec prudence et prétendre traiter une situation que l’on ne sait pas contenir. Le second mouvement relève de la toute-puissance professionnelle.

Un conflit d’intérêts ou de rôles

Le psychologue ne travaille pas correctement lorsqu’il cumule des fonctions incompatibles. Il peut être sollicité par un proche, un ancien partenaire, un collègue, un salarié qu’il encadre ou une personne avec laquelle il entretient déjà une relation sociale étroite.

La proximité n’est pas toujours visible au premier contact. Elle peut apparaître pendant les échanges: connaissance commune, lien professionnel indirect, relation avec une institution, conflit familial, position hiérarchique. Dans ces situations, l’alliance thérapeutique risque de se construire sur un terrain faussé. La confidentialité devient plus difficile à garantir. La neutralité clinique est compromise. Les informations obtenues dans un cadre peuvent contaminer l’autre.

Recevoir quelqu’un que l’on connaît n’est pas nécessairement interdit par une disposition pénale spécifique. Mais cela peut être cliniquement inconsistant et déontologiquement imprudent. Le psychologue doit pouvoir écouter sans anticiper les réactions sociales, sans protéger son image et sans utiliser des informations extérieures à la séance.

Le refus protège alors les deux parties. Il évite au patient d’entrer dans un dispositif où la parole sera partiellement entravée. Il évite aussi au praticien de se placer dans une situation qu’il ne pourra pas analyser avec suffisamment de recul.

Un dépassement du cadre thérapeutique

Certains patients demandent, explicitement ou non, autre chose qu’un suivi psychologique: une attestation, une expertise, une décision médicale, un conseil juridique, une intervention auprès d’un tiers ou une prise de position dans un conflit familial.

Le psychologue peut parfois rédiger un document dans les limites de sa fonction. Il ne doit pas pour autant transformer la consultation en outil de validation d’un récit, d’accusation ou de stratégie procédurale. La demande d’un écrit peut modifier radicalement la relation clinique. Le patient ne vient plus seulement parler de ce qui le met en difficulté; il attend un document susceptible d’agir sur une administration, un employeur, un juge ou un membre de la famille.

Nous devons alors clarifier le cadre avant de poursuivre. Une consultation clinique n’est pas une expertise. Une impression clinique n’est pas une preuve judiciaire. Un psychologue ne devient pas arbitre d’un conflit parce qu’une personne lui confie sa version des faits.

Lorsque le cadre demandé ne correspond pas à celui que le praticien peut garantir, le refus est légitime. Continuer malgré cette incompatibilité revient à produire un malentendu qui finira souvent par se retourner contre le patient.

Une impossibilité liée à la santé du praticien

Le psychologue n’est pas une fonction abstraite. Il travaille avec son attention, sa capacité de pensée, sa stabilité émotionnelle et son aptitude à rester engagé sans être envahi.

Une maladie, un épuisement, un deuil ou une crise personnelle peuvent rendre temporairement impossible l’accueil de certaines demandes. Le praticien n’a pas à se justifier dans le détail. Il doit en revanche éviter de maintenir un suivi qu’il ne peut plus assurer correctement.

Ce point est délicat, car la culture libérale pousse à la continuité à tout prix. Annuler, suspendre ou réorienter donne parfois au professionnel le sentiment de manquer à son devoir. C’est l’inverse qui peut se produire. Maintenir une relation thérapeutique alors que l’écoute est devenue mécanique, défensive ou indisponible expose le patient à une rupture plus brutale encore.

La responsabilité n’exige pas l’invulnérabilité. Elle exige que la vulnérabilité du praticien ne soit pas déposée sur le patient sous la forme d’un suivi dégradé.

Refuser n’est pas interrompre sans explication

Le moment du refus compte. Il peut intervenir avant le premier rendez-vous, après un entretien initial ou au cours d’un suivi déjà engagé. Ces situations ne sont pas identiques.

Avant toute rencontre, le psychologue peut estimer que la demande ne correspond pas à son champ de pratique. Une réponse brève et claire suffit généralement. Il n’est pas nécessaire d’organiser une consultation entière pour découvrir que le cadre ne convient pas, surtout lorsque la demande a été formulée de manière précise dès le premier échange.

Après un premier entretien, la décision peut être plus complexe. Le praticien a recueilli des éléments cliniques, mesuré le niveau de risque et observé les attentes du patient. Il doit éviter deux erreurs symétriques:

1. Accepter par automatisme, parce qu’un premier rendez-vous a déjà eu lieu.

2. Refuser de manière sèche, en laissant entendre que la personne constitue un problème.

Un refus clinique n’a pas besoin d’être long pour être respectueux. Il doit cependant donner une orientation compréhensible: le type de professionnel recherché, la nécessité éventuelle d’un dispositif plus spécialisé, ou le recours à une structure adaptée lorsque la situation dépasse le cadre libéral.

En cours de suivi, la question engage davantage la continuité des soins. Un psychologue ne peut pas se débarrasser d’une situation devenue inconfortable en invoquant soudain une incompatibilité qui existait depuis le début. Il doit examiner ce qui s’est déplacé: aggravation clinique, rupture de l’alliance, demande devenue incompatible avec le cadre, apparition d’un conflit d’intérêts ou limites réellement découvertes au fil du travail.

Vous pouvez, de votre côté, demander ce qui motive la réorientation. Non pour contraindre le professionnel à vous recevoir, mais pour comprendre la décision et éviter une répétition du même malentendu avec le suivant. Un refus n’est pas nécessairement une faute. Une absence totale d’explication, surtout après plusieurs séances, peut en revanche rendre la rupture difficile à élaborer.

L’obligation de réorientation: ne pas laisser la personne sans solution

Le devoir de réorientation psychologue ne signifie pas que le praticien doit garantir une place chez un confrère, prendre lui-même rendez-vous ou assurer un résultat. Il signifie qu’un refus responsable ne s’arrête pas à la fermeture de la porte.

La réorientation peut prendre des formes différentes:

  • indiquer une spécialité ou un type de dispositif plus adapté;
  • recommander de consulter un psychiatre lorsque l’évaluation médicale ou la prescription peuvent être nécessaires;
  • orienter vers une structure de soins, un centre médico-psychologique ou un service hospitalier;
  • conseiller une consultation spécialisée pour les enfants, les couples ou les conduites addictives;
  • inviter à contacter les urgences ou les dispositifs d’aide immédiate en cas de danger aigu;
  • proposer, lorsque cela est possible, les coordonnées d’un professionnel dont le champ de pratique correspond davantage à la demande.

La réorientation ne doit pas devenir une formalité destinée à se protéger. Envoyer n’importe quelle adresse ne constitue pas un accompagnement. Le professionnel doit au moins vérifier la cohérence générale de son indication: pourquoi ce type de ressource, pour quelle difficulté, avec quel degré d’urgence?

Il existe toutefois une limite concrète. Un psychologue ne connaît pas nécessairement les disponibilités réelles des confrères. Il ne peut pas promettre une place rapide dans un secteur où l’offre est saturée. La continuité des soins est une exigence clinique, pas une capacité magique à produire un rendez-vous.

Réorienter, ce n’est pas se débarrasser d’une demande. C’est reconnaître que la bonne réponse se trouve ailleurs et le dire avec suffisamment de précision.

Lorsque la personne présente un risque immédiat, le simple renvoi vers un autre cabinet ne suffit pas. Le psychologue doit prendre au sérieux la temporalité de la situation. Une demande de suivi ordinaire et une situation de danger ne relèvent pas du même circuit. Dans le second cas, la priorité devient l’accès à une évaluation urgente et à une protection adaptée.

Nous devons aussi éviter un autre abus: orienter systématiquement vers la psychiatrie dès que la situation devient complexe. La psychiatrie n’est pas une décharge pour psychologues débordés. Elle intervient lorsque son expertise est pertinente: risque aigu, trouble sévère, nécessité d’un traitement médical, hospitalisation possible, symptômes nécessitant une évaluation somatique ou pharmacologique. Une réorientation pensée vaut mieux qu’un renvoi réflexe.

Les limites de compétences ne se réduisent pas au diplôme

La formation initiale est une base. Elle n’est pas une garantie permanente de compétence. Les limites de compétences du psychologue se construisent aussi dans la pratique, la supervision et l’analyse des situations rencontrées.

Un clinicien peut avoir étudié une problématique sans avoir développé une expérience suffisante pour la traiter seul. Il peut également être compétent sur le plan théorique, mais mal équipé pour un contexte particulier: consultation en urgence, travail institutionnel, accompagnement bilingue, intervention auprès d’un interprète, suivi à distance ou prise en charge impliquant plusieurs membres d’une famille.

La compétence est donc à examiner selon plusieurs paramètres:

  • La nature de la demande: soutien ponctuel, psychothérapie, évaluation, expertise ou intervention de crise.
  • La gravité clinique: symptômes, risques, désorganisation, isolement, recours aux substances.
  • Le cadre disponible: fréquence des séances, confidentialité, possibilité de coordination, temps de consultation.
  • La formation réelle: diplôme, formations complémentaires, pratique supervisée, expérience régulière.
  • La capacité de supervision: possibilité de penser la situation avec un tiers compétent lorsque la difficulté dépasse les repères habituels.
  • La compatibilité de la posture: certains praticiens travaillent dans un cadre analytique, d’autres en thérapie structurée, systémique ou intégrative. Aucun cadre ne convient mécaniquement à toutes les demandes.

La supervision ne transforme pas un professionnel non formé en spécialiste. Elle permet de repérer un angle mort, de soutenir une décision, de limiter les passages à l’acte et d’évaluer la nécessité d’une réorientation. Elle ne doit pas servir à maintenir coûte que coûte une prise en charge qui dépasse manifestement les moyens du praticien.

Vous pouvez interroger un psychologue sur sa formation et son cadre de travail. Ce n’est pas une mise à l’épreuve. C’est une manière de vérifier si la rencontre est cohérente avec votre demande. Le praticien n’a pas à vous présenter un curriculum interminable, mais il doit pouvoir répondre clairement à ce qu’il fait, à ce qu’il ne fait pas et à la manière dont il travaille lorsqu’une situation excède son champ.

Le statut juridique du Code de déontologie en France

Il faut ici résister à deux simplifications opposées.

La première consiste à dire que le Code de déontologie n’aurait aucune portée parce qu’il n’est pas directement inscrit dans la loi. La seconde consiste à le présenter comme une loi pénale assortie d’une sanction automatique pour chaque écart. Ces deux affirmations sont inexactes.

En France, le titre de psychologue est protégé par la loi, notamment par l’article 44 de la loi du 25 juillet 1985. L’article 57 de la loi du 4 mars 2002 concerne l’inscription dans les dispositifs administratifs aujourd’hui associés à l’identification des professionnels, notamment ADELI puis RPPS selon les évolutions réglementaires.

Le Code de déontologie actualisé a été signé le 5 juin 2021 par 21 organisations professionnelles réunies au sein du CERéDéPsy. Il constitue une référence essentielle pour penser les devoirs du psychologue: respect de la personne, compétence, confidentialité, responsabilité, autonomie professionnelle et limites de l’intervention.

Mais ce Code n’est pas intégré au Code de la santé publique et ne dispose pas, en tant que tel, d’une force juridique directement opposable comparable à celle d’un texte disciplinaire appliqué par un Ordre professionnel national. La France ne dispose pas d’un Ordre des psychologues doté d’un pouvoir disciplinaire légal équivalent à celui que certains imaginent.

Cette précision ne rend pas le Code facultatif au sens moral ou professionnel. Elle décrit son statut juridique. Un psychologue qui s’en écarte ne s’expose pas automatiquement à une sanction pénale spécifique pour le seul fait d’avoir mal appliqué une règle déontologique de refus. En revanche, sa pratique peut être examinée à la lumière d’autres obligations: responsabilité civile, secret professionnel dans les situations concernées, règles relatives à l’usage du titre, droit commun des contrats ou conséquences d’un dommage effectivement causé.

La déontologie n’est donc pas un décor institutionnel. Elle sert à décider avant que le dommage survienne. Attendre qu’un patient soit détérioré par une prise en charge inadaptée pour constater la limite du praticien est une conception particulièrement pauvre de la responsabilité.

Le cas particulier de « Mon soutien psy »

Le dispositif public « Mon soutien psy » ajoute une dimension institutionnelle à la question du refus. Les psychologues libéraux peuvent choisir d’y participer ou non. L’adhésion repose sur le volontariat des professionnels.

Un psychologue qui ne participe pas au dispositif ne commet pas, pour cette seule raison, un manquement déontologique. Il ne s’agit pas d’un service imposé à tous les praticiens libéraux. Le patient peut être déçu de ne pas pouvoir utiliser ce parcours avec le professionnel qu’il a contacté, mais cette déception ne transforme pas le refus de participation en refus de soin illégal.

Il faut également distinguer plusieurs refus qui sont souvent confondus:

  • le refus général de participer au dispositif;
  • le refus d’une demande particulière parce qu’elle dépasse le cadre du professionnel;
  • le refus lié aux conditions administratives ou organisationnelles du dispositif;
  • le refus d’une situation clinique qui exige un autre niveau de soins.

Ces décisions ne portent pas sur le même objet. Un praticien peut ne pas adhérer à « Mon soutien psy » tout en recevant des patients dans son activité libérale. Il peut aussi participer au dispositif et refuser une demande qui ne correspond pas à ses compétences ou à son cadre thérapeutique.

La prise en charge psychologique ne devient pas automatiquement pertinente parce qu’elle est financée ou partiellement facilitée par un programme public. Les contraintes de durée, de nombre de séances, de coordination et de rémunération peuvent modifier le cadre clinique. Le psychologue doit savoir ce qu’il peut réellement proposer dans ce dispositif, et vous devez savoir ce que ce parcours permet ou ne permet pas.

Comment reconnaître un refus professionnel

Un refus pertinent n’est pas toujours agréable. Il peut interrompre votre recherche, vous obliger à reformuler votre demande ou vous renvoyer vers une structure moins immédiatement accessible. Mais certains éléments permettent de distinguer une limite clinique d’un rejet arbitraire.

Un refus professionnel est généralement:

  • formulé sans humiliation ni jugement sur votre personnalité;
  • relié à la demande, au cadre ou aux compétences du praticien;
  • annoncé avec une temporalité cohérente, surtout lorsque des séances ont déjà commencé;
  • accompagné d’une orientation suffisamment compréhensible;
  • compatible avec la confidentialité;
  • dépourvu de promesse irréaliste ou de diagnostic expéditif destiné à justifier la décision.

À l’inverse, vous pouvez être attentif à certaines réponses qui signalent un problème de posture. Un praticien qui vous culpabilise parce que vous posez des questions, qui vous menace d’une rupture immédiate lorsque vous exprimez un désaccord, qui vous impose un diagnostic sans évaluation sérieuse ou qui vous renvoie sans aucune explication ne travaille pas nécessairement dans un cadre suffisamment élaboré.

Il ne faut pas transformer cette observation en tribunal permanent. Une première impression décevante ne suffit pas à conclure à une faute. Certains refus sont courts parce que le professionnel ne peut pas développer une orientation détaillée par téléphone. D’autres s’appuient sur des limites de confidentialité ou de disponibilité qu’il n’est pas possible d’exposer entièrement.

Mais vous avez le droit de demander une information claire sur la suite. La relation thérapeutique ne commence pas par l’abandon de votre discernement. Elle suppose une alliance clinique, et cette alliance comprend aussi la possibilité de parler du cadre.

Le refus comme limite contre la toute-puissance clinique

Les réseaux sociaux ont normalisé une figure du psychologue disponible pour tout: trauma, séparation, parentalité, sexualité, troubles alimentaires, harcèlement, conflits professionnels, violences, anxiété, développement de l’enfant. Un même compte publie des conseils sur tous les sujets, avec la même assurance et la même conclusion implicite: il suffirait de trouver le bon outil.

La clinique ne fonctionne pas ainsi. Les symptômes ne sont pas des catégories de contenu. Ils engagent une histoire, un fonctionnement psychique, des défenses, des conflits et parfois des risques qui ne peuvent pas être traités par une série de formules générales.

Le refus oblige le praticien à abandonner l’illusion de maîtrise totale. Il rappelle qu’une alliance thérapeutique ne peut pas être fabriquée par la seule bonne volonté. Elle dépend d’un cadre, d’une compétence, d’une position subjective et d’une capacité à penser ce qui se joue dans la relation.

Vous pouvez vivre ce refus comme une blessure narcissique, surtout si vous avez déjà sollicité plusieurs professionnels. Cela ne signifie pas que votre demande est excessive ou que vous êtes « impossible à aider ». Le refus renseigne d’abord sur la rencontre entre une situation et un cadre donné. Un psychologue peut ne pas être le bon professionnel pour vous sans que votre souffrance soit illégitime.

Nous devons cependant reconnaître une réalité moins confortable: dans certaines zones, la réorientation est difficile parce que les ressources manquent. Un refus éthique ne résout pas la pénurie de consultations. Il peut laisser une personne dans l’attente, face à des listes longues et à des dispositifs saturés. Cette limite institutionnelle ne doit pas être dissimulée derrière un langage rassurant.

Le devoir de réorientation est réel. La garantie d’un accès rapide à un professionnel adapté ne l’est pas toujours. Prétendre le contraire reviendrait à confondre l’exigence déontologique avec les conditions concrètes du système de soins.

Ce que le psychologue doit pouvoir penser avant de dire non

Dire non demande parfois davantage de travail clinique que dire oui. Il faut examiner ce qui motive la décision et vérifier qu’elle ne repose pas uniquement sur une réaction défensive.

Avant de refuser, le praticien devrait pouvoir se demander:

1. La demande dépasse-t-elle réellement mes compétences, ou me met-elle simplement en difficulté?

L’inconfort n’est pas toujours un signe d’incompétence. Il peut signaler un point de travail en supervision.

2. Le cadre que je propose est-il compatible avec la situation?

Une consultation hebdomadaire en cabinet n’est pas adaptée à tous les niveaux de crise ou à toutes les demandes institutionnelles.

3. Suis-je en train de réagir à un mécanisme de défense du patient?

Une opposition, une méfiance ou une demande de contrôle peuvent attaquer l’alliance sans la rendre impossible. Refuser trop vite peut être une fuite du clinicien.

4. Existe-t-il un conflit de rôles ou d’intérêts?

Si oui, il ne doit pas être minimisé au nom de la proximité ou de la facilité organisationnelle.

5. Puis-je proposer une orientation concrète et proportionnée?

Une réorientation vers un spécialiste, une structure de crise ou un autre type de consultation n’a pas le même sens selon la situation.

6. La décision est-elle stable et argumentable?

Une réponse dictée par l’irritation du jour n’a pas la même valeur qu’une limite pensée dans le cadre de la supervision.

Cette réflexion ne transforme pas chaque refus en procédure lourde. Elle empêche simplement le praticien de confondre éthique et confort personnel.

Une position clinique, pas une formule de politesse

Le refus de prise en charge n’est ni un privilège du psychologue, ni une punition infligée au patient. C’est une décision qui doit rester orientée par la qualité et la sécurité du travail clinique.

Quand un psychologue ne possède pas les compétences requises, qu’il ne peut pas garantir une posture suffisamment neutre, que la demande sort de son cadre ou que son état ne lui permet plus d’être disponible, accepter serait plus discutable que refuser. La complaisance professionnelle n’est pas de l’empathie. Elle peut devenir une forme de négligence.

Le cadre déontologique français donne une direction claire: ne pas intervenir au-delà de ses compétences et réorienter lorsque cela est nécessaire. Son statut juridique doit être décrit avec précision, sans lui attribuer une force de loi qu’il n’a pas et sans le réduire à une déclaration symbolique.

Nous, cliniciens, ne pouvons pas promettre que chaque demande trouvera immédiatement sa place. Nous pouvons en revanche nous engager à ne pas faire semblant. Vous avez le droit de savoir ce que le professionnel peut prendre en charge, ce qu’il ne peut pas faire et vers quel type de ressource il vous adresse.

Un refus correctement formulé ne ferme pas la possibilité du soin. Il évite seulement de commencer au mauvais endroit.

Questions fréquentes

Dans quels cas un psychologue peut-il refuser un patient ?
Il peut refuser une demande qui dépasse ses compétences, un suivi incompatible avec son cadre de travail, une situation impliquant un conflit de rôles ou d’intérêts, ou une prise en charge qu’il ne peut plus assurer correctement en raison de son état. Le refus doit rester lié à la responsabilité clinique et non à un jugement sur la personne.
Un psychologue doit-il réorienter un patient après un refus ?
Un refus responsable ne devrait pas se limiter à fermer la porte. Le psychologue peut indiquer un type de professionnel, une structure de soins, une consultation spécialisée ou, en cas de danger aigu, un dispositif d’aide immédiate adapté à la situation.
Un psychologue peut-il refuser de recevoir une personne qu’il connaît ?
Oui, une relation sociale, familiale ou professionnelle préexistante peut compromettre la confidentialité, la neutralité clinique ou la capacité à écouter avec suffisamment de recul. Le refus peut alors protéger à la fois le patient et le praticien.
Le Code de déontologie des psychologues est-il une loi en France ?
Le Code de déontologie constitue une référence essentielle pour les devoirs du psychologue, mais il n’est pas intégré au Code de la santé publique et ne possède pas, en tant que tel, une force juridique directement opposable comparable à celle d’un texte disciplinaire appliqué par un Ordre professionnel national.
Un psychologue peut-il refuser de participer à « Mon soutien psy » ?
Oui. La participation des psychologues libéraux à « Mon soutien psy » repose sur le volontariat, et le fait de ne pas y participer ne constitue pas, à lui seul, un manquement déontologique.

Alban Pelloutier