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Une chronique de Alban Pelloutier

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Régulation émotionnelle et EMDR : les clés pour débloquer le retraitement des traumatismes

Une étude récemment publiée dans un numéro spécial de MDPI consacré à la santé mentale et au trauma psychologique examine ce que nous, cliniciens, constatons chaque semaine dans nos cabinets: le rôle…

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 20 septembre 2026

Régulation émotionnelle et EMDR : les clés pour débloquer le retraitement des traumatismes

Une étude récemment publiée dans un numéro spécial de MDPI consacré à la santé mentale et au trauma psychologique examine ce que nous, cliniciens, constatons chaque semaine dans nos cabinets: le rôle déterminant des processus de régulation émotionnelle au cœur des séances d'EMDR. L'article met en lumière les leviers psychodynamiques et cliniques qui facilitent le retraitement adaptatif des souvenirs traumatiques — un sujet qui mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il touche directement à ce qui fait la différence entre une thérapie qui débloque et une thérapie qui tourne en rond.

Ce que l'étude met sur la table

Le postulat est simple, et nous le défendons depuis longtemps dans la pratique: l'EMDR ne se résume pas à la stimulation bilatérale. Ce qui active ou bloque le retraitement, c'est la capacité du patient à tolérer ce qui remonte — pas la technique en elle-même. L'étude publiée par MDPI vient nommer ce que beaucoup d'entre nous observaient de manière empirique: les mécanismes de régulation émotionnelle fonctionnent comme une variable-clé du processus thérapeutique. Sans un minimum de contenance interne, le patient risque soit la submersion, soit l'évitement discret qui fait semblant de collaborer.

Vous reconnaissez ces situations. Le patient hoche la tête, décrit le souvenir, puis bifurque vers autre chose. La cognition négative reste intacte séance après séance. Ce n'est pas de la résistance. C'est un système nerveux qui protège son équilibre, au prix du trauma. L'étude souligne précisément ces leviers cliniques: identifier où en est le patient dans sa fenêtre de tolérance avant de viser le retraitement complet.

Ce que cela change concrètement pour vous

Si vous êtes en parcours EMDR ou si vous envisagez de l'entamer, la leçon est directe: interrogez votre thérapeute sur la place qu'il accorde à la régulation émotionnelle avant de parler de retraitement. Un praticien qui saute trop vite aux cognitions cibles sans évaluer votre capacité du moment à tolérer l'affect travaille à contre-sens. Ce n'est pas un caprice de clinicien. C'est une lecture fonctionnelle du trauma.

Nous voyons trop de patients arrivés chez nous après des parcours EMDR « protocolaires » où chaque séance reproduit les huit phases mécaniquement, sans que le clinicien ait ajusté le tempo à l'état psychique réel. Résultat: des patients qui connaissent la théorie de leur trauma sans jamais l'avoir intégré. L'étude de MDPI donne du poids à ce que nous répétons en supervision: la régulation émotionnelle n'est pas un prérequis optionnel. C'est le socle.

Ce qu'il reste à surveiller

L'article repose sur une revue de littérature et non sur un essai contrôlé randomisé d'envergure. Les mécanismes psychodynamiques qu'il identifie demandent à être confirmés par des protocoles plus stricts. Pour l'instant, retenez l'idée directrice: en EMDR, on ne force pas la mémoire à bouger. On crée les conditions pour qu'elle accepte de se réorganiser. Et cela passe par votre capacité à rester présent à ce qui se déroule en vous, pas par la du protocole.

Si votre thérapeute ne vous a jamais demandé comment vous tolérez ce qui remonte en séance, c'est un signal à ne pas négliger.