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Une chronique de Alban Pelloutier

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TSPT post-partum : le diagnostic invisible qui touche des milliers de femmes chaque année

Cette estimation, issue d'une revue de preuves publiée vendredi dans le British Journal of General Practice et relayée par The Guardian, met au jour un angle mort que nous côtoyons directement en…

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 29 août 2026

TSPT post-partum : le diagnostic invisible qui touche des milliers de femmes chaque année

Au moins 15 000 femmes par an au Royaume-Uni développent un trouble de stress post-traumatique après l'accouchement sans jamais être diagnostiquées — un chiffre que les chercheuses elles-mêmes jugent probablement très inférieur à la réalité. Cette estimation, issue d'une revue de preuves publiée vendredi dans le British Journal of General Practice et relayée par The Guardian, met au jour un angle mort que nous côtoyons directement en cabinet: la confusion tenace entre dépression postnatale et TSPT, avec ses conséquences cliniques concrètes.

Ce que l'étude chiffre réellement

Les travaux pilotés par la Dre Megan Foreman, médecin généraliste et chercheuse à la medical school de l'Université d'East Anglia, partent d'un constat simple: le NHS ne collecte aucune donnée sur le TSPT lié à la naissance. Les auteures croisent alors les chiffres de naissances de l'Office for National Statistics pour 2025 — 585 396 naissances vivantes en Angleterre et au Pays de Galles — avec les études de prévalence établies entre 5 et 5,9 %. À ce taux, environ 29 000 femmes rien que pour ces deux pays développeraient un TSPT. Comme moins de 50 % d'entre elles sont orientées vers un soutien spécialisé en santé mentale périnatale, un plancher de 15 000 cas non diagnostiqués chaque année « serait justifiable », souligne la chercheuse, et l'estimation réelle pourrait « potentiellement se compter en dizaines de milliers ».

Le TSPT survient parfois lors d'un accouchement médicalement non compliqué. Les symptômes — cauchemars, reviviscences, anxiété persistante, pensées négatives envahissantes, sentiment de désespoir — se distinguent pourtant cliniquement de la dépression postnatale. Mais la formation des généralistes, comme l'a reconnu la direction du Royal College of GPs, laisse un vide identifiable sur ce repérage. Ne pas savoir nommer ce qu'on voit, voilà le cœur du problème.

L'impasse structurelle de la consultation à six semaines

Le nœud se situe, comme souvent, dans le dispositif lui-même. La consultation NHS à six semaines — check-up mère-enfant, vaccinations du bébé incluses — concentre tellement d'objectifs que la santé mentale maternelle passe au second plan. L'étude ne trouve aucun cadre validé d'évaluation du risque de TSPT dans ce créneau, alors même que des recommandations existent pour les omnipraticiens. Les six co-auteurs soulignent qu'une mère qui se présente seule avec son enfant voit la consultation « dominée par la situation du bébé », rendant l'évaluation psychique particulièrement difficile.

C'est une configuration que nous observons régulièrement en cabinet parisien: la patiente arrive avec son nourrisson, le temps s'écoule sur la pédiatrie, et l'évocation du vécu de l'accouchement reste tue, survolée, ou confondue avec un baby blues que la mère minimise elle-même. Le trauma, lui, ne disparaît pas pour autant.

Ce qu'il faut intégrer à votre grille de lecture

Deux points méritent d'entrer immédiatement dans votre pratique si vous accompagnez des femmes en postnatal — ou si vous l'avez été.

D'abord, le TSPT ne discrimine pas le type d'accouchement. Césarienne en urgence, forceps, hémorragie, mais aussi accouchement physiologique perçu comme violent, humiliant, ou simplement hors de contrôle: le trauma siège dans l'expérience subjective, pas dans la classification médicale. Une femme sur vingt traverse cet épisode sans que personne ne le détecte.

Ensuite, lorsqu'une « dépression » du post-partum ne cède pas aux antidépresseurs classiques, ou qu'elle s'accompagne de reviviscences précises, de conduites d'évitement, d'hypervigilance avec le bébé, il ne s'agit probablement pas d'un simple épisode dépressif. Poser la question, différencier, orienter vers un psychiatre périnatal et, selon les cas, engager un protocole de stabilisation ou d'EMDR change radicalement la trajectoire. Le TSPT post-natal se traite. Encore faut-il le nommer là où le dispositif de soin, aujourd'hui, s'organise pour le manquer.