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Une chronique de Alban Pelloutier

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Violences sexuelles : quand le parcours judiciaire devient une source de traumatisme

Un projet de recherche irlandais veut mettre des mots sur ce que les clínicos entendent en cabinet depuis longtemps: le parcours judiciaire des survivantes de violences sexuelles est lui-même une source de traumatisme.

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 26 août 2026

Violences sexuelles : quand le parcours judiciaire devient une source de traumatisme

L'étude, menée à l'Université de Limerick avec le soutien de Research Ireland et de CUAN, l'agence irlandaise contre les violences domestiques, sexuelles et liées au genre, déplace la focque des verdicts vers la procédure.

Ce que l'étude change de perspective

Le projet, intitulé « Lived Realities: Victim-Survivors' Experiences of Irish Sexual Offence Trials », ne s'intéresse pas à la question classique — a-t-on condamné, a-t-on condamné assez lourdement — mais à la question clinique: qu'est-ce que la procédure a fait subir à la personne qui témoigne. Les chercheurs partent d'un constat déjà documenté dans la littérature internationale: même les verdicts favorables peuvent être ressentis comme une victoire creuse par une victime retraitée par le parcours pénal. Plusieurs participantes à des études antérieures vont jusqu'à décrire cette traversée comme une réplique du traumatisme initial.

Le protocole est précis: les survivantes ne sont pas des sujets d'observation, elles sont positionnées comme « experts by experience », partenaires de la recherche. La revue de littérature préalable conclut que des réformes législatives importantes ont eu lieu dans de nombreux pays, sans pour autant modifier l'expérience vécue des plaignantes. Le rapport final, attendu, doit formuler des recommandations de réforme alimentées par ces témoignages.

Ce que cela change concrètement en clinique

Pour nous, cliniciens francophones travaillant avec des patientes ayant traversé un procès — ou s'apprêtant à le faire —, le signal est net. La littérature internationale citée par l'étude identifie des leviers simples qui transforment matériellement l'expérience: un accès rapide à l'information sur l'avancement du dossier, une préparation adéquate au procès. Ce ne sont pas des aménagements symboliques — ce sont des facteurs qui déterminent si la procédure sera vécue comme un parcours de reconnaissance ou comme un second trauma.

Vous qui accompagnez ou qui envisagez un dépôt de plainte: interrogez votrejuriste ou votre association d'aide aux victimes sur les dispositifs de soutien existants avant l'audience, pas après. Le consentement à témoigner n'est pas un acte isolé — c'est un processus dont il faut évaluer avec un tiers de confiance ce qu'il va réellement mobiliser. C'est exactement ce que cette recherche irlandaise invite à prendre au sérieux.