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Une chronique de Alban Pelloutier

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Psychose post-partum : comprendre l'urgence psychiatrique derrière le procès Lindsay Clancy

Selon CBS News, cette mère est jugée pour les décès de ses trois enfants — des faits qu'elle ne conteste pas — après avoir plaidé non-coupable pour cause de maladie mentale, sa défense évoquant un…

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 26 août 2026

Psychose post-partum : comprendre l'urgence psychiatrique derrière le procès Lindsay Clancy

Le procès de Lindsay Clancy, qui se tient actuellement aux États-Unis, ramène la psychose post-partum au centre du débat public. Selon CBS News, cette mère est jugée pour les décès de ses trois enfants — des faits qu'elle ne conteste pas — après avoir plaidé non-coupable pour cause de maladie mentale, sa défense évoquant un état de psychose puerpérale au moment des faits. Au-delà du fait divers, c'est une fenêtre clinique que nous, cliniciens, avons tout intérêt à utiliser pour rappeler ce que cette pathologie est vraiment.

Psychose post-partum: le chiffre qu'on oublie trop souvent

Toujours d'après CBS News citant Darius Tandon, professeur de sciences médico-sociales à l'Université Northwestern, la psychose post-partum touche environ une à deux personnes pour mille naissances. Ce ratio a une conséquence directe en cabinet: parce que le trouble est rare, il est massivement sous-repéré, y compris par des professionnels de santé bien intentionnés.

La confusion avec la dépression post-partum reste l'erreur la plus fréquente. La seconde concerne dix à vingt pour cent des nouvelles mères — fréquence élevée, gravité réelle, mais qui ne rompt pas le contact avec la réalité. La psychose, elle, implique des idées délirantes, des hallucinations acoustives, une insomnie sévère alors même que le sommeil serait possible, et son installation est rapide: les premières semaines suivant l'accouchement. Ce n'est pas un baby blues. Ce n'est pas une fatigue maternelle à relativiser. C'est une urgence psychiatrique.

Ce que le procès révèle sur nos propres angles morts

Selon la même source, les personnes ayant traversé une dépression post-partum présentent un risque cinquante à soixante pour cent plus élevé de récidive dépressive, lors d'une grossesse ultérieure ou en dehors. Le trouble est décrit comme affectant simultanément la mère et la relation à l'enfant — une pathologie à deux générations, selon la formule du chercheur.

Illinois fait partie des rares États américains ayant rendu obligatoire le dépistage de la dépression post-partum. Mais identifier ne suffit pas, rappelle Tandon: il existe une pénurie de professionnels de santé mentale, et une part significative des patientes dépistées n'entamera jamais de suivi, à cause de la stigmatisation ou d'expériences thérapeutiques antérieures mal vécues. Vous entendez l'écho français? Dépistage en PMI, premiers rendez-vous post-nataux, généralistes débordés, et patientes qui n'osent pas — ou qui ne reviennent pas après une première consultation malmenée. Nous voyons ces situations chaque semaine en supervision.

Ce qu'il faut en faire, sans détour

Si une personne de votre entourage ne se comporte plus comme d'habitude après une naissance, la consigne du Northwestern est nette: ne pas attendre qu'elle demande de l'aide, parce que beaucoup ne le feront pas. C'est exactement le terrain où la passivité devient silence complice.

Nous n'avons pas besoin d'un procès américain pour nous rappeler ces évidences cliniques. Mais parfois, le bruit médiatique permet de rouvrir une conversation qui, en cabinet, arrive encore trop tard — souvent après le premier épisode, parfois après le deuxième.