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Une chronique de Alban Pelloutier

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Santé mentale : l'OMS lance un programme pour former les futurs décideurs politiques

L'Organisation mondiale de la santé vient de lancer un cours destiné à former la prochaine génération de décideurs en santé mentale.

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 04 septembre 2026

Santé mentale : l'OMS lance un programme pour former les futurs décideurs politiques

L'OMS forme ses futurs responsables. Et nous, sur le terrain, on continue de recoller les pots cassés.

L'annonce est tombée début septembre, et elle mérite qu'on s'y arrête — non pas parce qu'elle change immédiatement la donne dans nos cabinets, mais parce qu'elle dit quelque chose de l'état de notre filière, et de ce que les institutions comptent en faire.

Ce que vise réellement ce programme

D'après l'OMS, l'objectif affiché est de doter les responsables politiques et administratifs des compétences nécessaires pour concevoir, piloter et évaluer des politiques de santé mentale à l'échelle nationale et internationale. Nous parlons donc d'un cursus destiné à des fonctionnaires, des planificateurs sanitaires, des cadres ministériels — pas à des cliniciens de terrain. L'idée sous-jacente est connue: la santé mentale reste l'un des angles morts les plus coûteux des systèmes de santé, et personne ne prétend sérieusement que les décideurs en place ont été formés pour y faire face.

Ce type d'initiative n'est pas anodin. Dans nos pratiques, nous voyons chaque semaine les conséquences d'une gouvernance sanitaire qui navigue à vue: des orientations thérapeutiques décidées sans consultation des cliniciens, des financements orientés vers le saupoudrage plutôt que vers la durée des soins, des réformes de l'offre hospitalière conduites à partir de tableaux Excel plutôt que d'évaluations cliniques. Former des responsables qui comprennent — même modestement — ce qu'est un processus psychothérapique, ce que coûte un suivi interrompu, ce que signifie un parcours de soins réellement coordonné: l'intention est défendable.

Le contexte parle de lui-même

Trois autres signaux récents convergent et donnent à cette annonce sa véritable portée. Au Maroc, un plan national à hauteur de 4 milliards de dirhams à l'horizon 2030 a été annoncé pour la santé mentale. En Sarthe, un établissement public envisage l'ouverture de douze lits de psychiatrie pour désengorger les urgences — mesure symptomatique d'une saturation que nous observons aussi, à notre échelle, dans les demandes de prise en charge que nous recevons. À Genève, le Département de psychiatrie organise un symposium sur la santé mentale publique, articulé autour du triptyque « comprendre, prévenir, agir ».

Ces initiatives dessinent un mouvement de fond: la santé mentale sort du périmètre étroit du soin spécialisé pour devenir un objet de politique publique à part entière. C'est une bonne nouvelle. Ce l'est moins si elle se traduit, dans les faits, par une bureaucratisation supplémentaire des pratiques, par le remplacement du temps clinique par des indicateurs de performance, ou par une confusion persistante entre accompagnement psychologique et soin psychiatrique — deux champs qui ne se confondent pas et ne se hiérarchisent pas.

Ce que nous attendons, en tant que cliniciens

Nous attendons d'abord que les futurs responsables formés par ce type de cursus connaissent la différence entre un psychologue clinicien, un psychiatre et un « praticien en développement personnel » encadré par la loi. Nous attendons qu'ils financent des dispositifs de soin suffisamment longs pour qu'une alliance thérapeutique ait le temps de s'installer — et non des protocoles de trois séances calibrés pour des tableaux de bord. Nous attendons qu'ils mesurent ce que coûte, en aggravation clinique et en recours aux urgences, l'absence d'offre de psychothérapie structurée à des tarifs accessibles.

L'initiative de l'OMS est un signal. Reste à savoir si elle produira, dans la durée, des décisions politiques à la hauteur des besoins réels des patients. Pour l'instant, nous restons prudents. Nous l'avons toujours été — et l'expérience nous a rarement donné tort.