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Une chronique de Alban Pelloutier

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Troubles de l'humeur et TDAH : les nouvelles perspectives cliniques de la rentrée 2026

Selon le numéro de septembre 2026 de The American Journal of Psychiatry et de Psychiatric Services, plusieurs travaux relancent des questions que nous, cliniciens, ne pouvons plus esquiver: où placer…

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 03 septembre 2026

Troubles de l'humeur et TDAH : les nouvelles perspectives cliniques de la rentrée 2026

Selon le numéro de septembre 2026 de The American Journal of Psychiatry et de Psychiatric Services, plusieurs travaux relancent des questions que nous, cliniciens, ne pouvons plus esquiver: où placer le curseur entre pharmacothérapie et TCC, comment accueillir l'anxiété pédiatrique sans la chroniciser, et que faire du TDAH quand il prépare silencieusement le terrain dépressif. Une étude longitudinale publiée simultanément dans le Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry complète ce tableau en isolant les médiateurs psychiques qui font basculer l'hyperactivité de l'enfance vers la dépression du jeune adulte.

L'anxiété pédiatrique et le TDAH: deux protocoles, une même prudence

Le numéro de septembre de l'AJP met en avant un essai clinique sur le séquençage de la TCC et de la pharmacothérapie dans l'anxiété pédiatrique, ainsi qu'une étude contrôlée sur la régulation circadienne des troubles de l'humeur. Deux axes qui rappellent une évidence que la pratique clinique oublie trop vite: un enfant anxieux n'est pas un adulte en miniature, et la chronobiologie n'est pas un gadget de plus dans la palette du thérapeute. Quand un protocole prévoit explicitement l'ordre des séquences — psychothérapie d'abord, médicament en appoint, ou l'inverse — il oblige à raisonner au cas par cas, pas à appliquer une doctrine.

L'étude du Wolfson Centre de Cardiff, menée sur les cohortes ALSPAC et TEDS, franchit un cap plus inconfortable. Elle montre que l'irritabilité, l'anxiété et les schémas cognitifs négatifs repérés dès l'enfance et l'adolescence expliquent largement le lien entre symptômes TDAH et dépression ultérieure. L'association est plus marquée chez les filles que chez les garçons. Les auteures relient ce différentiel à un repérage plus tardif du TDAH chez les filles et les femmes, donc à un retard de soutien — un mécanisme que nous retrouvons en consultation quand l'énoncé initial du motif (fatigue, anxiété, découragement) ne correspond pas à la chronologie réelle des difficultés.

Ce que ces publications changent — ou ne changent pas — en pratique

Le même numéro de l'AJP aborde aussi des dossiers structurels: réforme Medicaid, soins fondés sur la mesure (measurement-based care), usage parental des réseaux sociaux, place potentielle de l'IA dans la prévention du suicide, besoins sociaux non satisfaits chez les patients du spectre schizophrénique. Pour le clinicien francophone exerçant en libéral, ces items ne sont pas transposables mécaniquement — notre cadre de remboursement n'est pas celui de l'Ohio. Mais ils dessinent une carte des angles morts que nous partageons: standardisation des évaluations, traçabilité des effets, articulation explicite avec le somatique et le social.

Reste une constante que ces publications ne démontrent pas mais confirment en creux: aucune méta-analyse ne remplace l'alliance thérapeutique. Les protocoles se précisent, les outils se sophistiquent, et pourtant c'est toujours dans la consultation, pas dans la publication, que se décide l'essentiel. À nous de garder cette hiérarchie en tête quand un patient arrive avec une pile d'articles imprimés en demandant quel protocole fonctionne vraiment. Et à vous qui lisez ces lignes: avant de chercher la classification qui vous correspond, interrogez ce que vous attendez d'elle.