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Une chronique de Alban Pelloutier

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Santé mentale : le lien neurobiologique insoupçonné entre dépression, schizophrénie et trouble bipolaire

Selon une étude montréalaise publiée en juillet dans la revue Neuroscience and Biobehavioral Reviews, la dépression, la schizophrénie et le trouble bipolaire partagent une altération cérébrale commune.

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 30 août 2026

Santé mentale : le lien neurobiologique insoupçonné entre dépression, schizophrénie et trouble bipolaire

Trois troubles psychiatriques: ce qu'ils partagent enfin

Menée par Fernando Gonzales-Aste, du centre de recherche de l'Institut Douglas et affilié à l'Université McGill, cette synthèse de 62 travaux identifie une signature neurobiologique transversale là où la nosographie classique trace des frontières étanches. Pour nous, cliniciens de terrain, ce type de résultat mérite qu'on s'y arrête.

Une onde qui traverse trois diagnostics

L'élément central tient en peu de mots: les ondes bêta — ces oscillations rapides entre 15 et 40 hertz présentes en permanence dans le cerveau — apparaissent intensifiées dans les trois troubles. La découverte n'avait pas eu lieu plus tôt parce que les études comparaient rarement les pathologies entre elles. Sur 62 travaux recensés, deux seulement mettaient une maladie en regard d'une autre, et aucune ne comparait les trois simultanément.

Les ondes lentes (delta et thêta, sous 8 hertz), elles, suivent un gradient distinct: plus intenses dans la schizophrénie, intermédiaires dans le trouble bipolaire, atténuées dans la dépression. Même mécanisme de fond, donc, mais des expressions cliniques qui divergent sur d'autres plans.

Pourquoi cela change notre lecture clinique

Comme l'explique Sylvain Baillet, spécialiste de neuro-imagerie au Centre de recherche du CHUM, le cerveau confronte en permanence ce qu'il perçoit du monde et la représentation qu'il s'en construit. Une activité excessive des ondes bêta reviendrait à surpondérer la représentation interne au détriment de l'information sensorielle — ce qui éclairerait d'un même mécanisme les hallucinations de la schizophrénie et les idées noires de la dépression sévère, quand ces dernières relèvent elles aussi d'une forme d'hallucination.

Côté thérapeutique, le Dr Gonzales-Aste évoque des pistes concrètes: stimulation électrique ou magnétique visant à abaisser l'intensité des ondes bêta, voire développement pharmacologique. Il cite une étude parue en janvier dans World Psychiatry ayant amélioré des symptômes dépressifs en atténuant ces ondes rapides, voie jusqu'ici confidentielle.

En cabinet, nous voyons régulièrement des tableaux cliniques qui ne rentrent pas dans une seule case: diagnostics multiples, diagnostics révisés au fil des années, symptômes qui passent d'une catégorie à l'autre. Cette étude donne une base neurobiologique à ce que l'observation clinique pressentait depuis longtemps.

Ce qu'il faut en retenir avant de consulter

Si vous consultez pour des symptômes qui chevauchent plusieurs catégories diagnostiques — fluctuations de l'humeur, idées envahissantes, perceptions inhabituelles — ce type de donnée plaide pour une évaluation clinique rigoureuse, non pour une étiquette posée dans l'urgence. Demandez à votre praticien comment il articule ces dimensions dans son évaluation: c'est un indicateur fiable de sa pratique.

Trois points à garder en tête. Une signature cérébrale commune ne remplace pas un diagnostic clinique individualisé. Les trois troubles restent distincts dans leurs expressions, leurs évolutions, leurs réponses aux traitements existants. Et les nouvelles pistes thérapeutiques évoquées restent, à ce stade, expérimentales.

Reste notre prudence habituelle. Une signature neurobiologique commune ne fond pas trois entités cliniques en une seule. Elle confirme surtout ce que nous voyons en cabinet depuis longtemps: les catégories du DSM sont des outils, pas des vérités. Le patient qui pousse la porte n'est pas un diagnostic — c'est un fonctionnement, singulièrement complexe.