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Une chronique de Alban Pelloutier

Actualité

Santé mentale post-pandémie : au-delà des chiffres de l'enquête nationale de Singapour

L'Institute of Mental Health de Singapour a lancé la troisième édition de son enquête nationale sur la santé mentale.

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 16 septembre 2026

Santé mentale post-pandémie : au-delà des chiffres de l'enquête nationale de Singapour

L'objectif: mesurer la prévalence des troubles anxieux et de l'humeur en sortie de pandémie, et chiffrer l'écart entre les besoins identifiés et l'offre de soins psychothérapeutiques. Pour nous, cliniciens parisiens, ce travail n'a rien d'exotique: ce type d'enquête dessine en creux ce que nous recevons chaque semaine en cabinet.

Ce qu'une enquête de prévalence ne capte pas

Ces études reposent sur des instruments standardisés, calibrés pour repérer les troubles au sens du DSM ou de la CIM. Elles mesurent une fréquence, une sévérité déclarée, un recours aux soins. Elles laissent dans l'ombre ce que tout clinicien connaît: les formes subsyndromiques, les patients qui consultent sans répondre aux critères catégoriels, ceux qui abandonnent avant même la première séance. Une enquête nationale chiffre la surface visible de la souffrance psychique. La clinique travaille en dessous — et c'est précisément là que nous intervenons.

L'écart de traitement, indicateur brut

Le concept de treatment gap — l'écart entre les personnes qui auraient besoin d'un suivi et celles qui en bénéficient réellement — est la donnée la plus directement utilisable. Elle parle aux décideurs de santé publique. Elle nous parle aussi, nous qui voyons passer des patients adressés trop tard, ou jamais adressés du tout. Vous qui lisez ces lignes: combien de patients avez-vous perdus entre la deuxième et la cinquième séance? Cette attrition locale reproduit, à l'échelle d'un cabinet, ce que l'enquête mesure à l'échelle d'un pays.

Le cadrage post-pandémique

Poser la question en « post-pandémie » n'est pas anodin. L'étude mesure l'évolution de la prévalence des troubles anxieux et de l'humeur — elle cherche à chiffrer ce que la clinique perçoit déjà: une demande plus lourde, des symptomatologies parfois déplacées, une précarité psychique diffuse qui ne se laisse pas toujours réduire à une catégorie. Mais l'augmentation quantitative ne dit rien de la modification qualitative: patients plus jeunes, attentes modelées par un discours public saturé de promesses rapides. Le dispositif de soutien psychothérapeutique, lui, s'adapte avec lenteur. À Paris comme à Singapour, l'écart se creuse entre une offre formatée et une demande qui ne l'est pas.

En creux, ces grandes enquêtes nationales posent la seule question qui vaille pour un clinicien: que faisons-nous, concrètement, d'une demande qui excède nos cadres d'intervention? La réponse n'est pas dans un nouveau protocole. Elle est dans l'examen honnête de nos indications, et dans la solidité — ou la fragilité — de nos alliances thérapeutiques.