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Comprendre la psychothérapie et l'accompagnement à Paris

Une chronique de Alban Pelloutier

Actualité

Psychose puerpérale : le modèle britannique des unités mère-bébé face au drame Lindsay Clancy

Le procès Lindsay Clancy, repris ces jours-ci par NBC News et par le New York Times, ne restera pas dans nos mémoires comme un simple fait divers américain.

Alban Pelloutier, Psychologue clinicien et superviseur·mis à jour 04 septembre 2026

Psychose puerpérale : le modèle britannique des unités mère-bébé face au drame Lindsay Clancy

Pour nous, cliniciens francophones, il fonctionne comme un miroir grossissant: il met en évidence, par l'absurde, ce que nos propres dispositifs de soin périnatal font — ou ne parviennent pas à faire — face à la psychose puerpérale. Comme le résume Libération, l'affaire — un triple infanticide — pose frontalement aux États-Unis la question de la santé mentale des mères.

L'angle britannique mérite qu'on s'y arrête

C'est, de toute la couverture disponible, l'élément le plus directement exploitable pour notre lectorat parisien. Le titre même de l'enquête publiée par NBC News — consacrée au traitement de la psychose puerpérale dans les Mother and Baby Units (MBU) du Royaume-Uni — désigne un dispositif spécifique, qui articule hospitalisation psychiatrique de la mère et maintien du lien avec le nouveau-né, au sein d'une équipe soignante formée à la périnatalité. Sans entrer dans le détail d'un modèle que nous ne pratiquons pas en France, une chose doit être dite: ce n'est pas un détail organisationnel. C'est un choix de paradigme — accepter que soigner une mère en psychose aiguë peut, sous certaines conditions de sécurité, se faire sans rompre brutalement le lien d'attachement.

Ce choix adresse frontalement une question que nous voyons arriver par la porte du cabinet ou par celle des urgences: que faire lorsqu'une patiente décompense dans les semaines qui suivent un accouchement, alors que la question de la séparation devient immédiatement un enjeu — pour elle, pour le père, pour l'enfant déjà là ou à venir?

Ce que cette comparaison change pour la pratique à Paris

En France, une psychose puerpérale sévère conduit le plus souvent à une hospitalisation, contrainte ou non, dans un service de psychiatrie adulte généraliste. Le bébé est alors séparé de sa mère, confié au père ou à l'entourage, et la reprise du lien ne peut se travailler qu'après la levée de la phase aiguë. Ce protocole, dont la nécessité sécuritaire ne se discute pas, n'épuise pas pour autant la question clinique. La séparation, même brève, intervient à un moment où le lien d'attachement est en pleine constitution — et ce n'est pas un hasard si les MBU britanniques ont précisément été conçues pour répondre à cette difficulté.

Cela ne signifie pas que nous devrions importer le modèle tel quel: notre cadre légal, notre maillage CMP–hôpital et nos cultures de soins diffèrent. Mais cela signifie que la question mérite d'être posée dans nos propres réseaux — existe-t-il, chez nous, un équivalent fonctionnel pour les situations où le maintien du lien est cliniquement envisageable? La réponse, localement, dépend souvent d'un psychiatre de liaison, d'un service de psychiatrie périnatale lorsqu'il existe, et de la capacité d'un CMP à organiser un suivi intensif à domicile.

Trois points à garder en tête

D'abord, un procès très médiatisé peut provoquer, chez des patientes enceintes ou récemment accouchées, une réactivation anxieuse importante, voire une décompensation. Le signaler en supervision d'équipe et renforcer la vigilance sur les signaux faibles fait partie de notre travail, pas un surcroît de zèle.

Ensuite, la question des unités mère-enfant n'est pas un débat idéologique; c'est un débat de moyens, qui se traite localement, en lien avec les CMP, les services de psychiatrie périnatale existants et les réseaux de périnatalité. Ne laissons personne nous la présenter comme un choix entre sécurité de l'enfant et soin de la mère — l'expérience britannique montre que les deux peuvent être articulés.

Enfin, face à une patiente qui vous interroge en cabinet après avoir lu la presse, résistons à la tentation du commentaire personnel ou de l'opinion générale: renvoyons vers les structures spécialisées, nommons-les, accompagnons la démarche. Une psychose puerpérale, même évoquée à mots couverts, mérite toujours une évaluation spécialisée dans les jours qui suivent.